
95 % de Nein : “les Turcs stoppés aux portes de Vienne”
Une analyse du think-tank European Stability Initiative décrit un possible referendum autrichien sur l’adhésion de la Turquie, et le désastreux choc des civilisations causé par le résultat : 95% de « Nein ». Imaginez des milliers de correspondants étrangers décrivant l’explosion en vol des relations entre l’Union et la Turquie à grand renfort de précédents historiques : « Vienne 1683 – Vienne 2015 », « Les Turcs stoppés aux portes de Vienne »…
Au centre de cette étude remarquable disponible en anglais, turc et allemand, une question : pourquoi l’Autriche plutôt qu’un autre pays ?
Le consensus pro-européen a toujours favorisé les élargissements…
Seuls 5% des Autrichiens se déclarent favorables à l’adhésion de la Turquie, ce qui place leur pays largement au premier rang des opposants dans l’UE. Rien de bien surprenant : l’opinion publique autrichienne a été contre tous les élargissements depuis sa propre adhésion en 1995. Cependant, un consensus pro-européen a toujours poussé les coalitions viennoises à soutenir ces élargissements, ce qui a permis de vrais débats de fond, et finalement l’acceptation plus ou moins enthousiaste des nouveaux membres par les Autrichiens : Ende gut, alles gut.
Enfin, il en était ainsi avant 2004, quand la Turquie était presque un candidat comme un autre – comme la Croatie, par exemple : l’adhésion des deux pays ralliait environ deux tiers des électeurs autrichiens en 2002. Trois ans plus tard, cependant, ces chiffres ont reculé à 55% pour la Croatie et 10% pour la Turquie. Que s’est-il donc passé entre temps ?
…jusqu’à ce que le populisme l’emporte en 2004
Pendant l’année 2004, le parti social-démocrate SPÖ –alors dans l’opposition- a critiqué sévèrement la coalition ÖVP (conservateurs) – FPÖ (extrême droite) pour son laxisme face à la progression de la candidature turque. Mis en difficulté sur son propre terrain xénophobe, le chancelier Schüssel (ÖVP) a résolu la question en promettant un référendum automatique avant l’adhésion turque. En définitive, tous les partis furent soulagés de voir l’importance de la candidature turque diminuer dans le débat public.
Etant donné le manque d’information consternant en Autriche à propos de la Turquie, la puissance de la presse populiste et europhobe (Neue Kronen Zeitung) et l’absence de débat politique, le fait que le soutien autrichien à une adhésion de la Turquie ait chuté à 5% en 2006 n’est pas vraiment surprenant. Dans un contexte politique mouvementé, aucun parti n’a osé se saisir franchement de cette question piège.
L’extrême droite autrichienne y a largement contribué : elle a conservé un poids politique important malgré sa participation à la coalition en 1999, comme le montrent les résultats des élections du 28 septembre. Dans l’opposition depuis 2006, les deux partis d’extrême droite FPÖ et BZÖ ont développé une rhétorique xénophobe particulièrement peu favorable à un débat serein sur l’adhésion turque. La disparition du héros de l’extrême droite autrichienne Jörg Haider le 11 octobre ne devrait pas changer fondamentalement l’équation. Heinz-Christian Strache, le leader de la FPÖ qui a atteint 17,5% des voix aux dernières élections devrait en effet reprendre le flambeau de leader de l’extrême droite autrichienne, sur une ligne politique encore plus dure et xénophobe que celle de Haider.
Une leçon à retenir en France ?
Ce cercle vicieux explique pourquoi la ESI n’attend aucune évolution positive de l’opinion publique autrichienne dans les années à venir, ce qui rend le scénario de futur « choc des cultures » plausible.
Cette leçon à propos des aspects négatifs des référendums et de la nécessité du courage politique devrait être entendue au-delà des frontières autrichiennes. En effet, une évolution similaire est prédictible en France, en particulier en raison de l’absence de débat public sur la question depuis que le président Nicolas Sarkozy a promis de laisser les Français décider par référendum d’une entrée de la Turquie dans l’Union Européenne.








