
On comprend bien, dans les chancelleries, la tentation de Nicolas Sarkozy de « reprendre la main » en Europe et d’instrumentaliser diverses questions de politique étrangère, notamment les liens avec le Maghreb, à des fin de popularité interieure. Il n’en demeure pas moins que cet activisme soulève un certain nombre de questions, au moment où les Européens se sont accordés, lors du Conseil européen de Bruxelles, sur le principe d’une « diplomatie à une tête » : la France, par ses methodes unilatérales, est-elle vraiment prête à « jouer le jeu » de l’intégration, ou veut-elle seulement mettre les moyens (notamment financiers) de l’Union au service de ses ambitions propres ?
Certes, la volonté de présenter l’UM comme une « alternative » a l’adhésion de la Turquie est appreciée : nombre de capitales se réjouissent en effet in petto de ce que la France assume le risque de dire « Non » à Ankara… Mais, d’autre part, croit-on vraiment à l’Elysee pouvoir ainsi contribuer à la solution du conflit en Terre Sainte ou réconcilier les Etats arabes entre eux, sans mêeme parler des litiges historiques entre la Turquie et les anciennes possessions ottomanes de Méditerrranée orientale ?
Le modèle du Conseil de l’Europe, qui a peut-être inspiré Nicolas Sarkozy, montre les limites de l’exercice : jamais l’organisation de Strasbourg n’a pu jouer le moindre rôle en Ulster, et sa collaboration avec l’Union européenne s’avère très laborieuse.
C’est donc plutot d’une « grande PEV » (plutôt : Politique de Voisinage Européen) dont l’UE a besoin, qui intègre les differents instruments actuels pour constituer un cadre de dialogue avec le monde arabo-musulman, du Golfe persique à l’Océan atlantique. Regroupant EUROMED et processus de Barcelone, elle pourrait comprendre des volets régionaux (Maghreb, Machrek, Golfe, voire Mer noire et Asie centrale, avec l’Iran), mais elle aurait pour avantage d’englober tous les Etats de l’UE, et non une partie d’entre eux, autour de priorités définies d’un commun accord.
Loin de toute stratégie d’élargissement « subreptice », c’est évidemment la seule voie praticable et « euro-compatible », puisque l’essentiel des compétences de l’UM « couvrirait » le droit communautaire (échanges commerciaux, environnement, voire migrations et énergie demain…) et que la Commission défend depuis longtemps l’idée d’une zone de libre-échange économique et de stabilisation politique en « périphérie » de l’UE.
Le volontarisme du Président francais peut constituer un atout pour l’UE, à condition de prendre garde que celui-ci ne mette pas en cause les « acquis » européens et ne provoque une résurgence des méfiances historiques entre partenaires.
Un « Conseil euro-méditerranéen » pourrait être envisagé à terme, mais il importe de veiller que le « marquage des frontieres » de l’Europe, fixées depuis la chute de l’Empire romain ne soit pas mis en cause par une telle perspective – car ce serait la fin de l’ambition de Robert Schuman et de Jean Monnet de « Fédération européenne », et donc un « remède pire que le mal »…





