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Turquie / Union Européenne : les raisons d'une rupture annoncée

Bref abécédaire de la discorde

Le 8 novembre dernier a été publié un rapport (annuel) d’étape dit ’’d’évaluation’’ de la Commission européenne sur l’avancée des négociations (pour adhésion) de la Turquie à l’Union européenne. Un rapport prélablement annoncé - avant même parution - comme très critique et tout particulièrement sévère à l’égard de la Turquie.
jeudi 9 novembre 2006 par  Ronan Blaise | Voter pour cet article :
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En effet, il y a à peine un peu plus d’un an (i. : le 3 octobre 2005) s’ouvraient les négociations bilatérales - pour adhésion - de la Turquie à l’Union européenne. Mais, un an plus tard, le bilan est aujourd’hui tout particulièrement décevant.

Si bien que l’exécutif européen a même très officiellement menacé, pas plus tard qu’hier, de rompre ces négociations avec la Turquie si un certain nombre d’évolutions positives n’étaient pas constatées d’ici à la mi-décembre sur un certain nombre de dossiers clefs.

Ainsi Bruxelles exprime de nombreuses doléances à l’égard d’Ankara. Au premier chef des récriminations européennes : les atteintes à la liberté d’expression et aux droits de l’homme (droits des femmes, droits du peuple kurde, etc), le poids politique prépondérant de l’armée, une corruption endémique (que le rapport de la Commission dit ’’généralisée dans le secteur public et dans le monde judiciaire’’) et, surtout, la question chypriote.

Passons rapidement en revue - ci-dessous - les principaux points sur lesquels achoppent aujourd’hui les négociations d’adhésion ou les relations entre l’UE et la Turquie : qu’ils aient été évoqués directement - ou non - par la Commission dans son rapport officiel rendu public le 8 novembre 2006.

Article 301 du Code pénal turc :

Dans son rapport officiel rendu public ce 8 novembre, la Commission européenne déplore l’usage immodéré et systématique récemment fait de cet article (A. 301) du nouveau Code pénal turc contre des personnalités proeuropéennes et contre des intellectuels libéraux.

Un article 301 qui permet ainsi de poursuivre tout particulier pour le motif de ’’dénigrement de l’identité turque’’ et ’’d’insulte aux institutions et à la nation’’ et de motiver des condamnations allant de six mois à trois ans de prison.

Une Loi en vertu de laquelle sont aujourd’hui poursuivis de nombreux écrivains, intellectuels et personnalités politiques (comme, par exemple, le prix nobel de Littérature 2006 : Orhan Pamuk) : une Loi que l’Union européenne considère comme contraire à la liberté d’expression.

Ainsi, le député européen Camiel Eurlings (Rapporteur pour le dossier turc au Parlement européen) avait déclaré que « Les lois turques actuelles donnaient l’occasion à des juges non modernes, conservateurs, de mettre en prison des gens qui expriment des opinions non violentes ».

Or, ces dernières semaines, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et son ministre des affaires étrangères Abdullah Gül ont récemment laissé entendre (dans des déclarations officielles réitérées le 5 novembre dernier) que cet article du Code pénal, sujet à de trop régulières interprétations extensives et maximalistes, pourrait être prochainement amendé et précisé (malgré l’opposition également maintes et maintes fois réitérée du ministre de la Justice Cemil Ciçek).

Répondant ainsi positivement npn seulement aux demandes de la Commission mais aussi à une pétition alors déposée (en décembre dernier) par 180 intellectuels, artistes et journalistes turcs pour demander au gouvernement d’abroger cet article du nouveau code pénal limitant la liberté d’expression (Voir articles ’’Liberté d’expression’’ et ’’Orhan Pamuk’’).

Chypre :

Dans son rapport officiel rendu public le 8 novembre, la Commission européenne remarque ’’qu’aucun progrès n’a été accompli (depuis un an) dans la normalisation des relations bilatérales avec la république de Chypre’’. Puisque, contrairement aux accords signés en juillet 2005, accords dits « Protocole d’Ankara » [1] ’’la Turquie continue de refuser l’accès de ses ports aux navires battant pavillon chypriote ou ayant fait escale à Chypre’’ ; des restrictions qui ’’constituent une violation de l’accord douanier entre l’UE et la Turquie’’.

Récemment la présidence (finlandaise) de l’Union européenne prévoyait qu’en échange de la levée de l’embargo commercial des autorités chypriotes sur le nord de l’île (et de l’ouverture de Chypre nord au commerce avec l’UE…), la Turquie ouvrirait ses ports (et aéroports) aux navires (et avions) venus du sud de l’île.

Un ultimatum des Vingt-cinq à la Turquie avait déjà été formulé en septembre 2005, demandant à la Turquie d’obtempérer pour la fin de l’année 2006 (et pour le prochain sommet européen de la mi-décembre prochain). Faute de quoi la poursuite des pourparlers d’adhésion serait suspendue, voire fortement compromise. Ce à quoi la Turquie n’a, encore à ce jour, toujours pas répondu positivement (et ne semble d’ailleurs pas manifester la moindre volonté de le faire…).

Corruption :

Dans ce même rapport, la Commission européenne estime que la corruption ’’est généralisée dans le secteur public et le monde judiciaire, malgré des efforts récents’’. Entre autres choses, elle demande à la Turquie ’’d’améliorer sa législation sur le financement des partis politiques’’. A ce sujet, le champ de l’immunité parlementaire semble également poser problème.

Droits des femmes :

La Commission européenne remarque que ’’les droits des femmes ne sont pas respectés dans les régions les plus pauvres du pays’’, que ’’les crimes d’honneur et les suicides de femmes ont toujours lieu, notamment dans l’est et le sud-est du pays’’. pareillement, la Commission tient à relever le fait que dans les régions du sud-est du pays ’’il arrive que les filles ne soient pas enregistrées à la naissance’’.

Droits des minorités :

La Commission européenne remarque en la matière que ’’peu de progrès’’ effectifs ont été réalisés, que ’’la minorité grecque continue d’avoir des difficultés pour l’accès à l’éducation et à la propriété’’ et que ’’les livres d’école contiennent toujours des passages discriminants’’ alors que ’’les émissions en kurde à la télévision connaissent des restrictions’’.

Génocide arménien :

Normalement, quant à l’appréciation historique sur ces évènements s’étant déroulés en 1915, il ne s’agit officiellement pas là d’un critère à prendre en compte pour le déroulement des négociations d’adhésion. Néanmoins, s’il y a bien une question qui empoisonne aujourd’hui les relations euro-turques, c’est bien celle-là.

Ainsi, le 4 septembre dernier, la commission des Affaires étrangères du Parlement européen a adopté le rapport Eurlings ’’sur les progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l’adhésion’’ : Une délibération au cours de laquelle a été voté un amendement [2] faisant de la reconnaissance du génocide arménien la condition préalable à toute négociation d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Or, le Président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), le néerlandais René van der Linden, a récemment (i.e : le 2 octobre dernier) adjuré l’Union européenne à ne pas ’’changer les règles du jeu en cours de partie’’ en faisant désormais de la reconnaissance par la Turquie du caractère génocidaire des évènements de 1915 un préalable à l’adhésion.

Et, pareillement, comme l’a récemment à nouveau reprécisé Olli Rehn [3], Commissaire européen en charge du dossier de l’élargissement, la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie n’est néanmoins pas l’un critères préalables (initiaux) à l’adhésion. Et ne doit donc pas être considéré comme tel, malgré le vote dudit amendement.

Et ce, même si la Commission européenne a régulièrement souligné devant la Turquie que la réconciliation est une valeur fondamentale en Europe (et bien qu’elle ait pareillement appelé la Turquie à mener un débat ouvert et sans tabou sur cette délicate et douloureuse question…).

Justice :

Dans son rapport, la Commission européenne reproche au système judiciaire turc de ’’ne pas fonctionner de manière indépendante, impartiale et efficace’’. En autres choses, elle lui demande de ’’mieux respecter les droits de la défense’’. (Voir articles ’’Terrorisme’’ et ’’Torture’’).

Kurdistan :

La Commission européenne tient à relever que ’’la situation des droits de l’homme est préoccupante dans cette région’’ du sud-est anatolien (surtout depuis les émeutes de mars et avril dernier : évènements à l’occasion desquels ont été emprisonnées par les autorités turques près de 600 personnes, dont plus de 200 enfants).

Liberté d’expression :

La Commission européenne tient à soulever le fait que ’’l’Article 301 (i.e : du nouveau Code pénal turc) a été utilisé de manière répétée pour poursuivre des opinions non violentes exprimées par des journalistes, écrivains, éditeurs ou défenseurs des droits de l’homme’’, que - durant la période de négociations qui vient de s’écouler - plus de 300 personnes sont aujourd’hui poursuivies [4] et/ou ont été poursuivies pour ’’délits d’opinion’’ voire condamnées ’’à cause d’une interprétation restrictive de la loi’’ et que, dans un tel contexte, ’’les cas de délits d’opinion risquent de créer (aujourd’hui : en Turquie) un climat d’autocensure dans le pays’’.

Or, comme l’a très bien encore récemment déclaré le Commissaire européen Olli Rehn : « La Turquie doit accepter toutes les valeurs et toutes les lois européennes si elle veut entrer dans l’Union. Et parmi ces valeurs, la liberté d’expression est fondamentale ». (Voir les articles ’’Orhan Pamuk’’ et ’’Article 301’’).

Nationalisme :

S’il y a bien un problème actuellement au coeur de la candidature turque à l’Union européenne, c’est celui du nationalisme et du discours souverainiste actuellement et traditionnellement tenu par les autorités gouvernementales turques : discours similairement tenu à propos de la question chypriote, de la question arménienne comme de la question kurde…

Un discours selon lequel l’Europe communautaire serait finalement ainsi coupable, de par ses exigences en termes de libéralisation des comportements politiques et sociaux (i. e : à propos du port du voile islamique ou de la défense de la laïcité, ou du rôle de l’armée en la matière…), de s’en prendre aux fondements ’’kémalistes’’ (i. e : républicains) du régime ainsi (pour ce qui est de l’appréciation européenne des questions diplomatiques impliquant la Turquie) qu’aux intérêts supérieurs voire vitaux de la Nation.

Exemple de ce ’’retour en grâce’’ du discours nationaliste turc, un seul fait : depuis le début de l’année 2006, plus de six millions de visiteurs se sont rendus au mausolée d’Atatürk à Ankara. Soit une augmentation de 150% de la fréquentation par rapport à 2005 : un culte au ’’Père de la nation’’ qui ne s’est jamais aussi bien porté qu’en cette période d’eurosceptcisme généralisé, de surrenchère électorale [5], de doutes sur l’avenir et de repli identitaire…

Orhan Pamuk :

Récent lauréat (et premier lauréat turc) du Prix nobel de Littérature (en octobre 2006), écrivain et intellectuel engagé, Orhan Pamuk est actuellement mis en cause par une partie de l’opinion publique et de la classe politique turque en raison de certaines de ses prises de position politiques publiques.

En effet, Orhan Pamuk (comme nombre d’intellectuels libéraux de son pays) a récemment critiqué à de très nombreuses reprises la politique nationaliste menée aujourd’hui et dans le passé par son pays à l’égard des minorités kurdes et arméniennes ainsi que le rôle politique de l’armée dans la vie politique de son pays.

Ce qui lui a valut de se voir récemment intenter - par des groupements politiques et autres associations patriotiques - de nombreux procès pour ’’atteinte à la Turquie’’, ’’dénigrement de l’armée’’ et ’’insulte délibérée à l’identité turque’’ (etc) sur la base de l’article 301 du nouveau Code pénal turc (Voir les articles ’’Article 301’’ et ’’Liberté d’expression’’).

Poids de l’Armée :

La Commission européenne remarque qu’aujourd’hui les ’’forces armées continuent d’exercer une influence politique importante et significative’’ dans la vie politique turque et ’’qu’aucun progrès n’a été accompli pour renforcer le contrôle parlementaire sur les dépenses (et activités) militaires’’.

Pareillement, la Commission européenne relève qu’ ’’un protocole secret datant de 1997 autorise la conduite d’opérations armées pour des raisons de sécurité intérieure sans demander l’avis des autorités civiles’’. Et juste préciser que de telles remarques ont d’ailleurs récemment suscité des réactions de rejet au sein même des forces armées turques.

Comme l’attestent les récentes déclarations publiques du général Yasar Büyükanit, chef d’Etat-major des armées [6], selon lesquelles l’armée turque devait bien évidemment garder son mot à dire dans le domaine de la sécurité nationale et dans celui de la protection du régime laïque (et que les critiques européennes exprimées à cet égard ’’dépassaient les limites du tolérable’’) (sic).

Réformes :

La Turquie ayant déjà été ’’épinglée’’ par les autorités communautaires (en septembre dernier) quant au ralentissement des réformes, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait alors (i. e : le 26 septembre dernier) prononcé un discours devant le parlement turc pour exprimer sa volonté de poursuivre celles-ci pour ’’aligner le pays sur les normes de démocratie du club européen’’.

Et ce, ’’sans perte d’enthousiasme’’, malgré un ’’nécessaire changement de mentalité’’ qui, de son propre aveux, ’’ne pourrait se faire que sur le long terme’’ (sic).

(Nb : Rappelons que le Parlement turc avait alors été réuni à l’occasion d’une rentrée anticipée, à partir du 19 septembre dernier, afin de débattre d’une série de réformes pour renforcer la candidature du pays : notamment à propos des droits des syndicats et des minorités religieuses).

Terrorisme :

La Commission européenne estime que ’’la nouvelle loi antiterroriste (adoptée par le Parlement turc en juin 2006) peut compromettre la lutte contre la torture et contre les mauvais traîtements et avoir un impact négatif sur la liberté d’expression’’. (Voir articles ’’Justice’’ et ’’Torture’’).

Torture :

La Commission européenne tient également à noter que ’’le nombre de cas de torture et de mauvais traitement a baissé’’ mais que tels cas ’’sont toujours signalés en prison, à l’extérieur des centres de détention et dans le sud-est du pays’’ (i. e : au Kurdistan). (Voir articles ’’Justice’’ et ’’Terrorisme’’).

Ainsi, selon Olli Rehn [7], non seulement en cette année 2006 le ’’rythme des réformes s’est ralenti’’ mais il s’agit aussi là ’’d’une mauvaise année pour la Turquie’’. En conséquence de quoi, ’’en 2007, il sera important d’entreprendre des efforts… importants’’.

Toujours est-il que la Commission européenne elle-même (qui cherche aujourd’hui à - tant bien que mal - éviter la rupture avec Ankara…) est aujourd’hui partagée sur la question. Et ce, alors même que certains Etats membres (dont la France) plaident aujourd’hui pour une suspension partielle des négociations… (i. e : sur les seuls huit chapitres liés au non-respect de l’union douanière…) [8].

On sait bien que la décision finale sur ce délicat dossier reviendra - comme toujours - aux chefs d’Etats et de gouvernements. Lesquels se réuniront à Bruxelles les 14 et 15 décembre prochains.

Sommet européen de Bruxelles à l’occasion duquel les vingt-cinq prendront leur décision sur ce délicat dossier : une décision qui se fondera alors sur les recommandations de la Commission. Laquelle n’a jamais - à ce jour (lors d’une procédure de négociations pour adhésion) - émis de diagnostic aussi sévère…

Voir en ligne : L’article sur le sujet de nos partenaires des Euros du village (octobre 2005)


- Illustrations :

Le visuel d’ouverture de cet article est une carte tirée de l’Encyclopédie en ligne wikipédia.

- Sources :

In « Figaro » du 1er novembre 2006, pages 1 & 4.

- Avertissement :

Cet article a été initialement publié dans nos colonnes en date du 9 novembre dernier. C’est en raison des récents développements de l’actualité sur ce dossier que nous le republions, ce jour.

Notes

[1] i. e : un accord étendant l’Union douannière existant entre la Turquie et l’UE (depuis 1995) aux dix nouveaux Etats membres entrés dans l’UE en mai 2004, dont Chypre…

[2] Déposé par Marielle de Sarnez, eurodéputée centriste française : présidente de la délégation UDF-ADLE au Parlement européen.

[3] In. Quotidien français « Libération » du 1er novembre dernier.

[4] Comme le Prix nobel de Littérature 2006 Orhan Pamuk, la romancière Elie Shafak, l’eurodéputé néerlandais Joost Lagendijk - pour des propos qui auraient été tenus contre l’armée et contre la justice turque - ou encore le journaliste arménien Hrant Dink, directeur du journal bilingue turco-arménien « Agos » ou, tout récemment encore, l’archéologue et assyriologue turque Muazzez Imiye Cig.

[5] L’année 2007 à venir étant, en Turquie, une année d’échéances électorales présidentielles et législatives…

[6] Lors d’un discours prononcé à l’Académie militaire d’Istambul, le 2 octobre dernier.

[7] Commisaire européen (finlandais) actuellement en charge du délicat dossier de l’élargissement de l’Union.

[8] Seul le Commissaire chypriote - Markos Kyprianou (Commissaire européen chargé de la santé et de la protection des consommateurs) - exigeant aujourd’hui une suspension totale des négociations avec la Turquie.

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14 commentaires

  • Pour le premier ministre turc : « la question chypriote est une question politique et ne constitue pas une obligation dans le contexte de notre processus d’adhésion, qui est de nature technique ».

    Ces propos démontrent bien le malentendu constant entre les candidats à l’entrée dans l’Union européenne et cette dernière.

    L’Union européenne est un processus politique et non pas technique. Ce malentendu est fatal car il permet l’entrée dans l’Union de pays qui n’ont rien à y faire car ils n’en partagent pas les objectifs. La Commission et le Conseil, sans doute parce qu’ils ont perdus toute perspective d’avenir cohérente sur le devenir de l’Union laissent ce malentendu persister et sont particulièrement coupable.

    Quant à Chypre, il s’agit de l’un des Etats-membres de l’Union et la Turquie est une puissance étrangère : soit la Turquie accepte de reconnaitre cet État soit les négociations en cours sont parfaitement vide de sens et doivent être interrompues au plus vite pour travailler à une solution viable.

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    • Il est vrai qu’il est assez préoccupant de voir que certains Etats européens (sous prétexte qu’ils sont ou auraient leurs territoires géographiques ’’placés’’ sur le continent ’’Europe’’) considèrent désormais leur adhésion à l’Union européenne comme s’il s’agissait là d’un dû.

      De même qu’il est tout aussi préoccupant de voir que nos dirigeants européens et nationaux ne semblent plus guère considérer l’UE que comme une vague espèce de technostructure devant servir ’’à tant bien que mal gérer le vivre-ensemble continental’’ et non plus comme un projet politique intégrateur, spécifique et vraiment original.

      Et je suis, moi aussi, de ceux qui estiment que l’Europe communautaire doit urgemment redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un projet politique supranational de démocratie transnationale, et non pas une ’’technostructure’’ dont l’adhésion est un ’’dû’’ à caractère semi-automatique au terme d’un processus d’adhésion régi par de seules règles d’ordres strictement techniques.

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      •  Turquie / Union Européenne : les raisons de la rupture 10 novembre 2006 20:54, par Cédric

        Un « dû », c’est exactement ça ! La Turquie s’imagine que son adhésion est un dû et qu’elle peut se plier aux règles européennes à la carte, en l’occurrence qu’elle peut notamment zapper le sujet chypriote.

        Je crois aussi que l’Europe communautaire politique devrait rester notre priorité et que ce n’est certainement pas en arrimant la Turquie qu’on va y arriver.

        Et un petit coup de gueule en finitude…

        Voir en ligne : L’UE : 3ème Etat turc ?

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        • En même temps je ne pense pas non plus qu’il faille absolument considérer les choses de façon aussi catégorique.

          A vrai dire, la ’’suffisance’’ qui consiste à dire ’’je suis un pays d’Europe, donc je dois absolument en être’’ (et j’ai donc le droit de ’’dénaturer’’ le projet politique initial en l’infiltrant de l’intérieur…) n’est pas non plus un strict monopole de la seule diplomatie turque (Cf. actuelles attitudes britanniques et polonaises officielles, entre autres…).

          Maintenant et cela dit, je pense que nos amis turcs savent aujourd’hui parfaitement et pertinemment ce qu’ils doivent faire exactement s’ils veulent absolument entrer dans l’Union. A ce titre, il ne tient donc qu’à eux de s’y conformer (et aux autorités de l’UE de faire, en tout état de cause, preuve de sérieux, de cohérence politique et de rigueur).

          Bref : nous ne devons certes pas signer de chèque en blanc, mais nous ne devons pas davantage insulter l’avenir. Et, cela dit, qui vivra verra.

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  • La Turquie est actuellement un état qui occupe militairement l’Europe (Chypre). Comment est-il seulement envisageable d’entamer des négociations d’adhésion avec un pays qui nous occupe militairement ? Quel sens peut avoir cette démarche, sinon de vider l’Europe de toute substance politique et n’en faire qu’un vaste ensemble financier (et même pas économique) ?

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    • Il est vrai que la question chypriote (complexe) est précisément effectivement l’un des points sur lesquels ’’achoppe’’ actuellement singulièrement la candidature de la Turquie. Sans doute aurait-il mieux vallu - plutôt que de nous embarquer dans une telle affaire et dans de telles complications - ne pas accepter Chypre dans l’UE avant aboutissement d’un processus de paix bilatéral, à l’heure actuelle aujourd’hui encore en suspend.

      Traîter la communauté turque de Chypre (qui vit là depuis au moins le XVIe siècle) comme tout autant d’occupants est quelque chose que je trouve, pour ma part, très excessif. Le problème géopolitique posé ici étant - bien évidemment - beaucoup plus complexe que cela. A ce sujet, on consultera donc cet excellent article de nos partenaires et amis des « Euros du village » sur cette question (Voir lien ci-dessous).

      Voir en ligne : La question chypriote.

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      • Je n’ai nullement parlé de la communauté Turque de Chypre, j’ai parlé de l’occupant « militaire ». La nuance est de taille.

        Je n’ignore pas que la question est complexe et je ne prétends pas détenir une solution. Je me borne à constater que l’Europe, à force de tours de passe-passe sémantiques, perd le sens commun, brade ses valeurs et s’éloigne de son idéal. Idéal politique et non technique.

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        • Certes, Sophie, mais la Communauté turque de l’île ne se reconnaît-elle pas majoritairement (’’affectivement’’ parlant) dans ces forces armées turques effectivement présentes dans l’île ( ?!) mais dans lesquelles elle ne voit en revanche pas une force armée ni étrangère ni d’occupation d’ailleurs (mais une protection avec laquelle elle possède, en communion, une même identité de vue sinon un même projet national…).

          Comme quoi la nuance que tu posais en préalable ici n’est pas non plus si évidente que cela (et comme quoi le problème posé est effectivement bien plus complexe…). Et comme quoi la Turquie n’est pas non plus le ’’méchant’’ unilatéralement responsable de quelque division ’’artificielle’’ de l’île (et sans qui, dès son éventuel départ de l’île, tout deviendrait immanquablement et instantanément rose au pays d’Aphrodite…).

          Et une protection contre quoi ?! Et bien contre ’’ceux du sud’’ qui (car, malheureusement, il en existe aussi…) ne reconnaissent aujourd’hui plus, dans ’’ceux du nord’’, leurs compatriotes (parce que désormais abusivement stigmatisés comme ’’colons turcs’’ et effectivement assimilés à l’ ’’envahisseur’’).

          En revanche, là où je suis presque d’accord avec toi : les négociateurs européens ont ici fait le pari (désormais, bientôt sept ans de ’’piétinements’’ diplomatiques et un demi-siècle de perspective historique nous permettent de dire qu’il était hasardeux…) que la perspective de l’adhésion à l’UE des uns et des autres permettrait, à moyen terme, de mettre sous le boisseau (voire d’éteindre) le conflit chypriote et l’expression des nationalismes respectifs.

          Malheureusement, force est de constater que c’est - à l’heure actuelle, tout du moins - malheureusement raté. Et c’est d’ailleurs là une grande ’’première’’ historique que de constater que, dans ce cas très précis, la perspective de l’adhésion ne suffit donc désormais plus à appaiser certaines tensions chez certains ’’postulants’’.

          Sans en tirer des généralités hatives, je pense que voilà donc ici un cas d’école exemplaire (au mauvais sens du terme) qui devrait nous inciter à très sérieusement réfléchir sur les actuelles limites politiques de l’actuel ’’modèle’’ européen.

          L’Europe brade t-elle donc ses valeurs et son idéal ?! Sans doute quand même pas. Juste qu’elle s’est fait prendre à son propre piège (par des interlocuteurs décidément peu scrupuleux). Et ne sait aujourd’hui plus trop comment s’en dépêtrer sans détruire ce qu’elle aura cepandant effectivement rendu possible en seuls termes positifs (nuance…).

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          • Donc, pour vous, le fait que les chypriotes turcs ne considèrent pas l’armée turque comme un occupant justifie amplement l’occupation et le nettoyage ethnique du nord de l’île.

            On aurait dû penser à ça il y a 50 ans et créer la « République Française du Nord de l’Algérie » :)

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            • Non, bien évidemment, cela ne justifie pas le nettoyage ethnique dont vous parlez (mais les excès de certains turcs à l’époque et aujourd’hui encore ne légitiment pas pour autant le procès d’intention depuis lors fait à l’ensemble de leur communauté).

              Par ailleurs, la ’’république française du nord de l’Algérie’’, figurez vous qu’à l’époque certains y ont effectivement pensé… Une thèse alors représentée par des gens comme Alain Peyrefitte : celle d’une Algérie ’’française’’ limitée à une seule zone côtière d’Oran à Alger, voire Constantine ; le reste devenant un Etat algérien indépendant, sans accès à la Méditerranée.

              Ce qui est également ’’amusant’’ c’est que l’inverse aussi avait d’ailleurs été envisagé : l’indépendance des trois ’’départements’’ et le maintien de la présence française dans la seule zone saharienne… Dans un cas comme dans l’autre, il s’agissait là d’une ’’solution’’ de type ’’partition’’ : avec, pour résultat, celui d’une citadelle française au beau milieu d’un océan arabe que l’armée française aurait été chargée de défendre indéfiniment…

              Encore l’un de ces nombreux avenirs qui n’ont (fort heureusement, sans doute) pas eut lieu… Sources : Cf. ’’Ces avenirs qui n’ont pas eut lieu, Une relecture du XXe siècle européen’’, Ouvrage de M. Jacques Lesourne, ancien directeur du journal « Le Monde » : document publié aux éditions Odile Jacob en février 2001 (320 pages : ici pages 213-219).

              Voir en ligne : Se procurer cet ouvrage

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      • Selon vous alors il aurait fallu ne pas accepter la République de Chypre à l’UE tant que le problème de l’occupation ne soit pas résolu. Donc punir Chypre une deuxième fois parce que petit pays et obligée d’accepter la loi du plus fort pour pouvoir continuer à vivre. Drôle de mentalité ……

        Voir en ligne : L’île de Chypre

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        • Pas exactement : je pense plutôt qu’il vaut mieux éviter d’importer dans l’Union des problèmes extérieurs. Surtout si vraiment aucune des deux parties en présence ne souhaite un véritable réglement pacifique du conflit.

          Ainsi, comme l’a rappelé l’un des intervenants précédants sur ce forum, ce sont bien les cypriotes grecs (i. e : ceux du sud) qui ont refusé (en avril 2004) les termes du plan de paix ’’Annan’’ (et non pas les Chypriotes turcs du nord). Et c’est bien regrettable. Comme on le voirt bien ici, en l’occurrence les torts sont bien partagés.

          Pour le reste, faire partie de l’UE n’est pas un dû ni non plus une obligation. Et ne pas faire partie de l’UE (comme c’est le cas aujourd’hui pour la Turquie et comme cela pourrait d’ailleurs effectivement très bien être le cas pour l’île de Chypre…) n’est pas non plus une situation franchement infamante (Nb : c’est d’ailleurs le cas pour environ 175 Etats souverains du monde d’aujourd’hui, certains d’entre eux ne s’en portant d’ailleurs ni mieux ni plus mal…).

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    • Vous avez tout à fait raison pour les faits mais il faudrait en connaitre le contexte et les causes de cette occupation avant d’apporter un jugement rapide. Et comment acceptez-vous alors que l’europe ait acceuilli en son sein un chypre divisé, et seulement la partie « grèque » bien sure, sachez aussi qu’un référendum a eu lieu dans les 2 parties de l’ile sous l’égide de l’ONU juste avant l’adhésion de ce pays. Le côté turc de l’ile a voté à plus de 70% pour un raprochement tandis que de l’autre côté de l’ile (qui était sure d’adhérer) ce fut l’inverse.

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  • Complément d’information (Sources : Dépêche AFP, publiée ce 28 novembre).

    A cette heure il semblerait que la mission de médiation et de ’’bons offices’’ menée par la Finlande au nom de l’Union auprès de la Turquie pour obtenir d’elle la reconnaissance formelle de Chypre ait échouée. Et que la Turquie continue à ce jour de ne pas reconnaître cet Etat partenaire.

    En tout cas, la Finlande semble avoir ces dernières heures annoncé (par la voix de son MAE, M. Erkki Tuomioja) qu’elle renonçait à organiser la poursuite de telles conversations et qu’elle passait donc le témoin de la négociation à l’Allemagne, qui lui succède à la tête du Conseil de l’Union à partir du 1er janvier prochain.

    De ce fait, il s’avère que la Turquie ne remplit pas à l’heure actuelle et remplira donc pas dans un avenir proche ses obligations et engagements contractés à l’égard de l’UE d’ouvrir ses ports et aéroports aux navires et avions chypriotes grecs, comme l’exigeaient et l’exigent aujourd’hui encore les Vingt-Cinq.

    Ce pourquoi un gel partiel des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE paraît donc à ce jour, sauf nouveau coup de théatre, désormais inévitable. Une décision qui sera en tout cas prise par les ministres des affaires étrangères de l’UE, ce 11 décembre prochain. Sur la base d’une recommandation de la Commission, attendue pour le 6 décembre à venir…

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