
Les Irlandais seront les seuls au sein de l’Union européenne à se prononcer sur le traité de Lisbonne par référendum.
Le recours à cette procédure est imposé par la Constitution irlandaise. Les vingt-six autres États membres ont tous fait le choix de la ratification parlementaire.
Le référendum irlandais va décider pour tout le monde
Le résultat du référendum irlandais est très incertain. En conséquence, un seul pays pourrait imposer ses vues à tous les autres, comme la France en 2005 après le référendum sur la Constitution européenne. Un « non » irlandais mettrait immédiatement le traité de Lisbonne à terre ; ce serait un « diktat » pour les autres États membres de l’Union européenne, dont beaucoup ont déjà ratifié le traité. Où est la démocratie là-dedans ?
Pas de « plan B » en cas de non irlandais
Le référendum irlandais entretient le mythe selon lequel le « non » d’un peuple obligerait les gouvernements des États membres à se remettre autour de la table pour négocier un nouveau traité. Cela a été possible une fois, en transformant la Constitution européenne en un pâle traité de Lisbonne. Il sera en revanche impossible de proposer un nouveau « plan B » en cas de rejet de ce traité. C’est ce qu’a récemment rappelé Jean-Pierre Jouyet, le Secrétaire d’État français aux Affaires européennes.
Si le traité de Lisbonne n’entre pas en vigueur, la construction européenne s’arrêtera, et avec elle le renforcement de l’Europe politique, démocratique et sociale. Les anti-européens auront ainsi ce qu’ils redoutent : une Europe uniquement économique et marchande, un grand espace mais pas une grande puissance régulatrice.
En cas de « non » irlandais, plusieurs autres pays plus ou moins euro-sceptiques pourraient annuler leur propre ratification, trop heureux de trouver un prétexte pour se défausser. Ce pourrait être le cas du Royaume-Uni, dont le cœur penche très clairement pour une Europe strictement économique. L’échec du traité de Lisbonne éliminerait ainsi pour longtemps les derniers espoirs de relance de l’Europe politique.
Les ratifications nationales, ennemies de la démocratie européenne
L’important n’est pas tant de savoir s’il fallait organiser ou non un référendum pour ratifier le traité de Lisbonne, mais plutôt de s’interroger sur la pertinence des ratifications nationales. Alors que le texte a été négocié et approuvé par l’ensemble des États membres, pourquoi prendre le risque de réduire à néant tous les efforts avec vingt-sept ratifications différentes ?
François Fillon a souhaité vendredi 30 mai la victoire du « oui » en Irlande, tout en précisant ne pas vouloir « peser sur les décisions d’un peuple souverain ». Cette façon de voir les choses admet qu’un seul pays puisse décider pour tous les autres, et que ces derniers devraient respecter ce choix, au motif qu’il est souverain. Belle leçon de démocratie !
La construction européenne est pourtant une question qui concerne les Européens dans leur ensemble. Pour en faire un véritable enjeu citoyen, il faut que les États renoncent à leur droit de veto sur la ratification des traités. La seule ratification démocratique possible du traité de Lisbonne doit se faire au niveau de l’Europe, à travers un référendum véritablement européen organisé simultanément dans toute l’Union européenne. Il faut mettre fin aux ratifications nationales et européaniser les débats sur la construction européenne.
Il est plus que jamais temps de faire cesser la tyrannie de la minorité !




