
En effet, si les développements et évolutions du football dans nos deux pays respectifs ont souvent été nourris par deux traditions ’’footballistiques’’ différentes, ils sont également le fruit de l’émulation réciproque au travers des confrontations sportives émotionnellement intenses.
Lesquelles, devenues lieux de mémoire, sont restées pour cela même dans tous les esprits.
Des rencontres sportives qui ont, en effet, parfois donné lieu à des débordements préjudiciables aux bonnes relations entre les deux pays. Lesquelles rencontres sportives ont aussi parfois été l’occasion de moments intenses de communion et de fraternisation entre les deux parties.
C’est au tout début du XXe siècle que les deux pays se sont dotés d’une structure sportive fédérative ’’nationale’’ à l’échelle de leurs pays respectifs. Toutefois avec un certain décalage : puisque la « Fédération Française de Football » (FFF) a été fondée en 1919, alors que la « Fédération allemande de football » (i. e : DFB, « Deutscher Fussballbund ») a été créée dès 1900 (la FIFA, fédération internationale, ayant été créée dès 1904 : à Paris).
Le premier match entre la France et l’Allemagne a été disputé en 1931, à Paris. Depuis lors, les deux équipes se sont rencontrées à vingt-trois reprises. Le bilan sportif de ces rencontres étant actuellement de dix victoires françaises pour huit allemands (et cinq matchs nuls) [1].
Les deux pays affichant aujourd’hui des résultats éloquents qui en font d’eux deux ’’grandes puissances’’ du football continental et international. Avec, pour l’Allemagne, trois victoires finales en Coupes du monde (en 1954, 1974 et 1990) et trois en Championnats d’Europe des nations (en 1972, 1980 et 1996). Et, pour la France, une victoire finale en Coupe du monde (en 1998) et deux en Championnats d’Europe des nations (en 1984 et 2002).
Des matchs inoubliables qui sont autant de lieux de mémoire…
A noter que trois matchs « France-Allemagne » ont été disputés lors de Coupe du monde : en 1958 (match pour la troisième place, remporté alors par la France de Just Fontaine, Kopa et autres Piantoni), en 1982 (fameuse demi-finale perdue par la France face à la RFA, en terres espagnoles : à Séville) et en 1986 (fameuse demi-finale perdue par la France face à la RFA, en terre mexicaine : à Guadalajara).
A certaines occasions, ces matchs ont donné lieu à des confrontations plus que viriles, au grand détriment des bonnes relations devant normalement exister entre les deux pays.

- Image tirée du site www.soccernet.com
Ainsi, lors de la demi-finale du Mundial espagnol du 9 juillet 1982 (à Séville), la blessure infligée au joueur français Patrick Battiston suite à une agression délibérée de la part du gardien de but allemand Harald Schumacher (voir illustration, ci-contre) a été l’occasion, par la suite, de dérapages verbaux malheureux et d’allusions plus que maladroites à des situations historiques passées.
A l’instar de ces fameux clichés ’’belliqueux’’ qui peuvent - malheureusement - toujours ressortir à l’occasion d’un match entre la France et l’Allemagne…
Les médias français ayant, à cette occasion, guère hésité à faire allusion à quelque ’’atavisme naturel’’ allemand poussant nécessairement à la violence…
Et on a encore récemment pu lire à propos de la sélection nationale allemande, dans la presse (spécialisée ou non), des comparaisons martiales somme toute peu valorisantes et des qualificatifs dépréciatifs comme le ’’tank allemand’’ et autres gracieusetés.
Le football, contre la violence
Mais l’histoire ’’franco-allemande’’ du football a aussi pu connaître bien pire. Et cette fois-ci la brutalité n’a pas eu lieu sur la pelouse, mais hors du stade. Ainsi, en 1998 (à Lens, lors de la Coupe du monde) des hooligans allemands frappèrent le gendarme français Daniel Nivel gisant au sol inanimé : celui-ci - plongé dans le coma - devant en porter des séquelles à vie.
La crainte fut alors forte de voir réapparaître de tels clichés et ces mêmes lieux communs. La réponse apportée à ce problème fut pourtant un « Non à la vioLENS ! » au grand soulagement du Deutscher Fussballbund (DFB, i. e : fédération allemande de football) et du Gouvernement allemand qui ne cessaient d’envoyer des messages d’excuses à la famille de la victime et à leurs homologues français.
Notons cependant que la presse française, les responsables politiques et les dirigeants sportifs des deux pays et des deux fédérations avaient alors spontanément mis l’accent sur le mot ’’hoolligan’’ (et non point sur l’adjectif ’’allemand’’…).
Enfin, les fédérations françaises et allemandes de football décidèrent d’organiser un match amical qui eut finalement lieu à Kehl et qui mit l’accent sur l’amitié, le fairplay et le refus de la violence. Le DFB, par ailleurs a par la suite créé un « Fonds Daniel Nivel » pour soutenir la victime et sa famille. Des matchs et des tournois de football étant régulièrement organisés en son honneur…
Tout ceci pouvant être considéré comme un indicateur - de plus - de l’évolution des relations franco-allemandes, devenues depuis peu plus qu’amicales. La qualité des excellentes relations politiques et économiques franco-allemandes ayant ainsi - bon gré, mal gré - finalement aussi trouvé sa traduction sur la pelouse.





