
Si cette question peut sembler surprenante au premier abord, elle porte en elle le sujet régulier des apports négatifs des hymnes nationaux dans une partie de football où les enjeux guerriers prennent parfois le pas sur l’enjeu sportif.
Le meilleur exemple en a été le dernier match des éliminatoires de la zone Europe pour la Coupe du Monde. À l’époque, la Suisse et la Turquie « s’affrontaient » à Istanbul [1]. Alors que la Suisse se qualifiait, la sortie du terrain a été des plus houleuses entre joueurs et dirigeants sous les encouragements d’un public hurlant sa déception.
Le Président de la FIFA, Sepp Blatter, proposait dans la foulée -à la fin novembre 2005- de supprimer les hymnes qui cristalliseraient les affrontements possibles entre les Nations. Depuis plusieurs années, les paroles de la Marseillaise sont quant à elles de temps en temps remises en cause pour leur aspect guerrier (le chanteur Yannick Noah a même fait une version « pacifique »). En Écosse, c’est « Flower of Scotland », où la résistance à l’armée anglaise est présentée comme une valeur éternelle du pays des Highlands, qui passe mal dans les couloirs du Palais de Windsor…
Nous verrons dans ces développements que l’Hymne à la Joie de Beethoven peut être une valeur ajoutée à une démonstration de Paix entre les peuples (Thèse), même s’il ne peut pas faire disparaître l’attachement des autres hymnes pour les Nations (Anti-Thèse). La solution pourrait alors se trouver dans l’ajout de l’Hymne européen aux Hymnes nationaux et son interprétation lors des grandes rencontres continentales (Synthèse).
Thèse : L’Hymne européen, outil de Paix
Il est clair que l’Hymne européen est un symbole fort. Le groupe politique des Verts au Parlement européen avait lors d’une de ses réunions à Rome proposé que l’Hymne à la Joie soit « chanté » sans parole, ce qui permettrait d’unir les peuples européens tout en passant au-dessus de la barrière de la langue.
Les hymnes nationaux ne seraient donc plus l’occasion de s’affronter en vantant avant le « combat » ses propres vertus, un peu à la manière du « Haka » néo-zélandais au Rugby. Les rencontres sportives créeraient ainsi en Europe un moment de communion entre les supporters alors que les celles-ci sont l’occasion de suprématie, même si celle-ci ne durera que jusqu’au résultat du match suivant.
La barrière sauterait alors entre les supporters. Pour preuve, lors de la rencontre en Coupe d’Europe entre Liverpool FC et Celtic Glasgow, les supporters ont chanté ensemble leur hymne commun « You’ll never walk alone ». La séparation psychologique était tombée entre supporters, rouges d’un côté et blanc et vert de l’autre, anglais et écossais, sur ce qui faisait pourtant pour chaque camp l’une de leur plus grande fierté. La querelle sur le fait de savoir quels supporters l’ont chanté en premier n’existait plus.
La portée symbolique de supporters chantant ensemble ferait sautée donc les velléités nationales : comment haïr une personne avec qui vous avez chanté ? Le partage de la conscience commune d’être européen est déterminant. La construction européenne serait ainsi matérialisée : alors que les peuples du Continent se sont fait la guerre pendant plusieurs siècles, ils vivent aujourd’hui en Paix. Ce symbole permettrait donc de matérialiser en quoi la construction européenne a valeur d’exemple.
Anti-thèse : Une disparition impossible des hymnes nationaux.
Remplacer la ’’Marseillaise’’, le ’’God Save the Queen’’ ou le ’’Flower of Scotland’’ par l’Hymne européen ne pourra pas se faire. Cette assertion peut sembler par trop affirmative. Mais croire pouvoir faire disparaître un des éléments qui fonde le ciment national ne veut rien dire à l’heure où, si l’Europe se construit, les tentations nationalistes demeurent.
Les rencontres entre équipes nationales sont l’occasion de manifestation vis-à-vis du pouvoir en place ou vis-à-vis de l’adversaire. Par exemple, pour une finale de la Coupe de France 2002, les supporters de Bastia ont copieusement sifflé la ’’Marseillaise’’.
Autre exemple, les supporters écossais ont sifflé le ’’God Save the Queen’’ pendant la Coupe du Monde 1982 car ils voulaient chanter le ’’Flower of Scotland’’ alors qu’ils font pourtant partie du même ’’United Kingdom’’ !
Hypothèse : Et si les nationalistes venaient à siffler l’Hymne européen ?
A contrario, la victoire des « Bleus » lors du Mondial 1998 a été l’occasion de mettre en exergue l’unité nationale au-delà des différences de couleurs de peau. L’Uruguay a pu en 1930 en gagnant la première Coupe du Monde affirmer son existence au niveau international. L’hymne est alors un ciment positif de la Nation.
De plus, faut-il faire jouer un hymne de l’Union européenne pour des Nations qui n’en font pas parti ? À partir de quel moment faut-il établir cette règle ? Pour les pays de l’espace Schengen ? Nous pourrions alors inclure la Suisse ou pas ? Et la Norvège ? Nous ne parlerons pas de la question épineuse de la Turquie… Et que faire des pays anglo-saxons du Royaume-Uni qui sont adhérents à la Fifa mais pas à l’Union européenne ?
Enfin, remplacer les hymnes nationaux par un autre donnerait peut-être l’impression aux peuples que leur Histoire disparaît. Or la construction européenne n’a jamais eu pour but de raser le passé ou les différences… Donc cette décision irait à contre-sens de l’Histoire.
Synthèse : Jouer l’Hymne européen en plus des hymnes nationaux
En fait, l’une des solutions pour combiner respect des éléments fondateurs des Nations et geste symbolique en faveur de la Paix pourrait être de jouer l’Hymne à la joie en plus dès qu’un pays de l’Union européenne participe à une rencontre internationale.
Une autre solution pour être aussi de s’inspirer de ce qui est fait par les golfeurs : tous les deux ans, une équipe des Etats-Unis et une autre de l’Europe s’affrontent avec les meilleurs de chaque continent. L’Hymne européen prendrait aussi alors son sens en tant qu’élément des valeurs communes réunissant les peuples de l’Europe. Pour le foot, une rencontre « Brésil - Europe » serait une belle affiche entre deux équipes jouant avec les mêmes couleurs : le bleu et l’or.
En fait, nous pourrions aussi proposer à nos dirigeants (qu’ils soient sportifs ou politiques) qu’ils militent en faveur de l’instauration de l’Hymne européen avant le début de toutes les finales pour les compétitions continentales. Nous avons un bel outil. À nous de le faire vivre.





