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« Pour une Union occidentale entre l'Europe et les Etats-Unis » (Edouard Balladur)

Un projet géopolitique pour le XXIe siècle

« Occident » : Les gros mots sont lâchés… Puisque l’auteur de cet ouvrage (un ancien premier ministre français…) prend ici le risque de provoquer bien des réactions négatives en proposant, comme le titre de ce livre l’indique, ni plus ni moins que la création d’une « Union occidentale » entre l’Europe et les Etats-Unis.
dimanche 20 avril 2008 par  Ronan Blaise | Voter pour cet article :
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Qu’est-ce que l’ « Occident » ?

D’après l’auteur, l’Occident existe même si l’on peine parfois à le définir. Il s’agit là d’une civilisation née à la fois de la pensée antique et de la foi chrétienne, une civilisation politiquement marquée par la laïcité, la Démocratie et l’état de droit : une civilisation et une communauté de destin marquées par la convergence d’intérêts et de valeurs (comme une même conception de la liberté et de la vie collective).

Cet « Occident » comprend donc essentiellement l’Europe et l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada). On pourrait certes le réduire au monde anglophone, mais ce serait inexact. Quant à la Russie, il est malaisé de la faire entrer dans cet ensemble où elle ne serait sans doute guère à l’aise (et mettrait mal à l’aise bien de ses « partenaires »…). L’Occident : la meilleure définition géographique possible serait donc de le décrire comme une « communauté transatlantique » ou « euroatlantique » d’un milliard d’hommes divisés en une multitude de nations.

Bien entendu, entre les deux grands pôles de cet « Occident » (Europe et Amériques), il existe de nombreuses différences d’ordre démographique, politique, culturel, économique, militaire et diplomatique : des différences culturelles profondes, enracinées dans l’histoire (comme la place de la religion dans la vie publique, par exemple…), des différences économiques et sociales d’ordre structurel ; comme le fait que les Etats-Unis soient, aujourd’hui encore, un pays d’immigration, jeune et dynamique (alors que l’Europe est un continent démographiquement vieillissant…).

Mais l’auteur estime que tout ce qui les rapproche néanmoins (mêmes valeurs spirituelles, même conception de la vie, des principes moraux très proches, les mêmes idéaux collectifs, les mêmes pratiques politiques et les mêmes intérêts fondamentaux) est - attachement à la Démocratie, à la Liberté individuelle, aux Droits de l’Homme, aux Droits fondamentaux de la personne, à l’Etat de droit - fondamentalement plus important que tout ce qui les divise.

La nécessité d’une « Union occidentale »

Cela dit, force est de constater qu’aujourd’hui l’Occident est à la fois divisé et concurrencé. D’où la nécessité d’organiser - pour demain - un « ensemble atlantique » qui soit à la fois plus cohérent et plus efficace. En effet, dans le monde d’aujourd’hui, l’Europe et les Etats-Unis ne sont décidément plus seuls à agir, à décider : d’autres puissances émergent (l’Inde, la Chine, le Brésil, la Russie, etc).

Ainsi, l’Occident est désormais confronté à la concurrence : soit là une situation sans précédant depuis plusieurs siècles. Et sa puissance, son influence sont aujourd’hui battues en brèche dans tous les domaines : non seulement sur le plan démographique mais aussi dans la compétition qui s’ouvrent aujourd’hui entre leurs économies.

Et l’ancien premier ministre craint que, séparées, l’Europe et l’Amérique ne fassent désormais plus le poids devant les grands regroupements régionaux et continentaux qui prennent forme dans le monde d’aujourd’hui ; et face à l’hostilité croissante dont ils s’estiment parfois l’objet.

Partant donc du constat de l’affaiblissement relatif de l’UE et des USA dans le monde à venir, l’auteur estime que - réunis dans la difficulté - l’Europe et les Etats-Unis doivent enfin comprendre qu’il leur faut regrouper leurs forces pour mieux faire face à ces défis - voire dangers - communs.

« Espace transatlantique » : Le défi du partenariat

Les temps imposent donc aux deux pôles de l’Occident la nécessité de reconnaître qu’ils sont aujourd’hui incapables d’exercer seuls le leadership auquel ils prétendent. Et qu’il leur faut s’associer pour mener une action commune dans le monde. Pour ce faire, il leur faut donc nouer une coopération plus étroite - dans les domaines politiques, militaires, financiers et économiques - qui puisse leur garantir une meilleure sécurité et leur conserver une plus grande influence.

Le défi est donc le suivant pour les deux pôles du monde occidental : prendre conscience de leur précarité dans le monde de demain et de la communauté de civilisation qui les unit, bâtir des institutions qui leur soient communes et qui leur permettraient d’agir dans un monde où ils ne sont désormais plus les détenteurs exclusifs de la puissance.

Bien entendu - d’après l’auteur - l’idéal serait que l’UE soit assez forte pour qu’elle puisse expliquer aux USA - oscillant traditionnelllement entre isolationnisme et interventionnisme - qu’ils doivent ralentir leur course trop solitaire pour mieux écouter les conseils avisés de nos vieilles nations européennes expérimentées.

Pour ce faire, l’Europe ne doit donc pas seulement être une conseillère raisonnable mais devenir un allié respecté. Pour convaincre, l’UE doit donc exister. Ne serait-ce que pour pouvoir proposer. Pour peser dans l’ « Union ocidentale » à venir, il faut donc que l’UE soit un partenaire solide, fiable, écouté pouvant parler d’égale à égale avec les Etats-Unis.

Le préalable - incontournable - d’une « Europe » réorganisée

Nécessité préalable à la mise en place de cette future « Union occidentale » : que l’Europe se réorganise et se réforme en profondeur. Rebâtie, l’UE pourrait ainsi manifester une volonté plus forte : condition indispensable pour la mise en place de relations plus équilibrées et plus égalitaires avec les Amériques, dans le cadre de ce véritable « partenariat euro-atlantique » que l’auteur appelle de tous ses voeux.

Pour mener à bien cette « Union occidentale » - affaire de longue haleine qui, du propre aveux de l’auteur, ne se fera sans doute pas du jour au lendemain - Edouard Balladur souhaite donc la mise en place d’une UE renforcée, réorganisée en « cercles » concentriques. Une Europe en ’’cercles concentriques’’ constituée de trois grands ensembles géopolitiques bien distincts.

Avec un noyau central à forte vocation politique constitué d’États mettant en commun davantage encore de souveraineté (notamment en matière de recherche et de formation ; et - surtout - en matière de diplomatie et défense…) [1] (où l’on retrouve le couple franco-allemand). Avec un noyau périphérique à fort contenu diplomatique, constitué de « partenaires privilégiés » (dont la Turquie ?). Et avec un noyau intermédiaire à vocation essentiellement mercantile, formant là un vaste marché commun continental.

Et alors que l’UE à 27 serait donc en fait réduite à n’être qu’un vaste « grand marché » continental [2], on pourrait alors voir en son sein l’émergence d’une « Europe politique », « avant-garde » constituée - sous la forme de « coopérations spécialisées » (sic) - des Etats les plus ambitieux et les plus volontaires, déterminés à aller plus vite et plus loin ensemble.

Quelles structures pour cette « Union occidentale » ?

Quant aux structures politiques de cette future « Union occidentale » [3] : dans un premier temps elles pourraient prendre la forme d’un « Conseil exécutif » (flanqué d’un secrétariat commun permanent) réunissant, environ tous les trois mois, les dirigeants de l’administration américaine et les dirigeants de l’UE renforcée.

Ce « Comité exécutif », simple « organisme restreint » (sic), aurait pour seule mission d’organiser la confrontation des points de vue à échéances régulières, pour parvenir à la définition de positions communes. Et si cet ’’ensemble atlantique’’ aurait effectivement besoin - à moyen terme - d’institutions plus solides, cela serait la tâche de la prochaine génération…

Ce qui leur permettrait d’adopter des vues communes sur - par exemple - la prolifération nucléaire [4], les questions de politique étrangère (comme la réorganisation de l’OTAN : une répartition plus équitable des commandements et des responsabilités au sein de l’alliance…) [5], les questions économiques et financières. Ainsi, les bases d’un nouveau système monétaire international [6] - d’une union douanière voire d’un grand « Marché commun transatlantique » [7] - pourraient être conjointement établies.

Quoi qu’il en soit, Edouard Balladur voit dans ce projet d’ « Union occidentale » un grand dessein pour le demi-siècle à venir : un projet politique qui permettrait alors à l’Occident d’échapper au lent et constant affaiblissement qu’il pressent. Mais, pour ce faire, faut-il encore cesser de nourrir les nostalgies souverainistes. Ce qui est d’autant plus vrai pour nos vieilles nations européennes…

Cette idée d’une « fédération transatlantique » (ici : « Union occidentale ») n’est pas nouvelle. Puisque c’est exactement cette même idée qui avait déjà été portée - pendant la guerre froide - par, entre autres, le journaliste américain Clarence Streit. Alors, il s’agissait d’unir les démocraties occidentales face au risque de l’impérialisme soviétique (et de transformer l’Otan en une fédération politique, démocratique).

Aujourd’hui, cette idée « transatlantique » réapparaît donc sous la plûme d’un Edouard Balladur. Et le principal intérêt de cet ouvrage est de nous préparer l’esprit non pas tant à l’alliance étroite entre Europe et Amériques (ce à quoi nous avons - désormais - depuis bien longtemps l’habitude…) qu’à l’émergence d’une Union européenne rénovée : pilier autonome d’une « Alliance atlantique » enfin rééquilibrée… et nouvel acteur ambitieux sur la scène internationale de demain.

Voir en ligne : Sur - entre autres choses - le ’’fédéralisme transatlantique’’…


- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est la couverture de l’ouvrage dont il est question ci-dessus.

- Références & Auteur :

« Pour une Union occidentale entre l’Europe et les Etats-Unis » : un ouvrage d’Edouard Balladur publié aux éditions « Arthème Fayard » en 2007 (125 pages).

Un ouvrage qu’on pourra donc se procurer sur le site d’achat en ligne Amazon.fr.

Notes

[1] Cf. pp. 67 à 86.

[2] D’après l’auteur ’’dans sa forme actuelle, l’Europe est condamnée à décevoir’’ (Cf. page 76). Et sa conception d’une « Europe des cercles » est "née du refus d’une révolution politique qui aurait vu’’ - par l’adoption du TCE ?! - ’’toutes les nations accepter de se soumettre au pouvoir d’un véritable Etat européen habilité à prendre les décisions majeures’’ (Cf. page 78).

Or « dans les dix années qui viennent, aucun projet plus ambitieux n’est envisageable » (Cf. page 79) ’’ce serait la seule manière, pour l’Europe à Vingt-sept, d’avoir des institutions plus efficaces (…) Nous n’aurions à nous en prendre qu’à nous-mêmes de nos difficultés comme de nos timidités réformatrices".

[3] Cf. pp. 87 à 102.

[4] Cf. pp. 88 et 98-99-100.

[5] Cf. pp. 88 et 93-94.

[6] Cf. pp. 89-90-91-92.

[7] Cf. page 89.

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