
Un pays opprimé et malheureux de dix millions d’habitants où le nouveau ’’petit père du peuple’’, Alexandre Loukachenko, règne depuis plus de dix ans en bureaucrate policier : un dictateur véritable, faussement paternaliste et pas vraiment si débonnaire que ça auquel un récent plébiscite, en 2004, a donné les pleins pouvoirs et la possibilité même d’être réélu sans limitation de durée ni de mandat.
Car le Bélarus est vraiment bien loin d’être le modèle démocratique hypocritement prétendu aujourd’hui par le pouvoir en place. En effet, les Libertés fondamentales y sont niées, les Droits de l’Homme piétinés, la Démocratie n’y est qu’un exercice purement formel et la Justice y est placée sous l’étroit contrôle du pouvoir en toute absence d’Etat de Droit véritable.
De même, l’opposition et les syndicats indépendants y sont muselés, les opposants emprisonnés (quand ils ne sont pas assassinés ou poussés dans des hopitaux psychiatriques…), la presse indépendante bâillonnée, les journalistes arrêtés (quand ils ne sont pas jetés en prison ou condamnés à des peines de travaux forcés…), les diplomates occidentaux ’’trop regardants’’ expulsés et les minorités persécutées… (minorités dont le Pouvoir dissout les associations, ferme les écoles et traîne les responsables devant les tribunaux sous tous les prétextes…).
La Biélorussie, dernière dictature d’Europe.
Une situation bien peu enviable qui nous ramène à une ambiance de tracasseries voire de harcèlement sinon de persécutions policières permanentes, d’oppression politique et de stagnation économiques similaires à celles qui régnaient dans l’URSS des années 1970, au plus fort du règne d’un certain Léonid Brejnev.
Ainsi, au moins que l’on s’interroge sur ce que sont devenus les anciens leaders de l’opposition Youri Zakharenko (ancien ministre de l’intérieur, disparu le 7 mai 1999), Guennadi Karpenko et Viktor Gontchar (ancien vice-président du Parlement, disparu le 16 septembre 1999) dont le premier, parti avec un ami (Anatoly Krasovski, entrepreneur, lui aussi disparu…), n’est en fait ’’jamais revenu’’, et dont le second a ’’perdu la vie’’ dans des circonstances jusqu’à ce jour restées non élucidées.
De même, au moins que l’on s’inquiête des circonstances troubles de l’assassinat récent des journalistes Vassili Grodnikov et Dmitri Zawadski (cameraman pour la chaine TV russe ORT) dont le seul ’’tort’’ était d’avoir osé se montrer critiques vis à vis du pouvoir.
Et, enfin, au moins que l’on se penche sérieusement sur ce qu’il est vraiment advenu de MMe Jozefa Waraksa et Alina Jaroszewicz, deux membres de l’association « Union des Polonais de Biélorussie » (ZPB) qui ont été, pour l’une mystérieusement assassinée en juin 2005, pour l’autre disparue pendant trois semaines avant d’être finalement retrouvée dépressive dans un asile psychiatrique, après avoir subi -il est vrai- des semaines de harcèlement policier.
Mars 2006 : les élections peuvent elles ébranler le régime ?
Mais la toute prochaine élection présidentielle biélorusse du 19 mars à venir (initialement prévue pour le mois de juillet 2006 mais avancée au mois de mars par décision du pouvoir…) pourrait être enfin annonciatrice de changements.
Dans ce scrutin que d’aucuns annoncent déjà comme entaché de fraude massive, l’opposition démocrate biélorusse (qui n’a pas un accès libre aux médias locaux…) y est principalement représentée par le social-démocrate (et pro-russe) Alexandre Kozouline (récemment passé à tabac par les forces de l’ordre, à Minsk, le 2 mars dernier…) et par le candidat démocrate (et de centre-droit) Alexandre Milinkevitch (physicien de 58 ans, maire adjoint de la ville de Grodno de 1990 à 1996 et membre d’honneur de l’ « Union des Polonais de Biélorussie »).
Certes, l’actuelle loi électorale biélorusse et les conditions du scrutin (comme l’accès libre aux média pour l’opposition…) sont telles que l’on ne donne aujourd’hui guère de chance aux ’’challengers’’ démocrates face à l’inamovible ’’Président’’. Mais ces élections pourraient peut-être voir le régime enfin se lézarder, sa corruption éclater au grand jour et la population biélorusse alors se soulever contre ce régime mensonger, autoritaire et oppresseur… (comme ce fut déjà le cas à Kiev, lors de la fameuse ’’révolution orange’’ d’octobre-novembre-décembre 2004…).
Ainsi, en juillet dernier, l’ancien président tchèque (et ancien dissident démocrate face à la dictature communiste) Vaclav Havel confiait la chose suivante au quotidien viennois « Die Presse » :’’Bien que la situation en Biélorussie soit encore difficile, je suis sûr que le système sera renversé tôt ou tard’’. C’est en tout cas tout le mal que l’on souhaite à nos amis blanc-russiens qui ont le triste privilège de subir, au quotidien, la dernière dictature d’Europe.
Mobilisation…
Et c’est précisément pour cela que nous avons décidé d’ouvrir très largement nos colonnes au traitement de cette actualité brûlante aux confins de notre Union européenne. Car il ne saurait y avoir d’Europe unie véritable sans la protection de l’idéal démocratique que ses Institutions prétendent représenter. Car il s’agit là en Biélorussie d’une situation bien trop invraisemblable et bien trop inacceptable pour ne pas être dénoncée.
Parce que le silence des gouvernants (et l’indifférence des mass média…) à l’égard de ce que vivent aujourd’hui les Biélorusses sont, en soi-mêmes, un authentique scandale. Parce que nous voulons que nos amis biélorusses sachent qu’ils ne sont pas seuls. Et parce que nous espérons bien voir, bientôt (le plus tôt possible…), l’avènement d’une Biélorussie démocratique et d’une société biélorusse libre et pluraliste, pacifiée et appaisée.
En attendant, vous qui vous intéressez au sort de la Biélorussie, soyez donc les bienvenus - à trois heures d’avion à peine de Paris - dans la dernière dictature communiste post-soviétique d’Europe…
Ronan Blaise (pour la rédaction)




