
Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a été institué en 1993, quand grâce à la presse américaine et européenne l’opinion publique mondiale a pris conscience des atrocités commises lors de la guerre en République de Yougoslavie. Il a été créé suite à la résolution 827 du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour 17 ans, et son mandat s’arrête en 2010.
Il est compétant pour tous les crimes commis sur le territoires de sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. Certains contestent sa compétence sur des sujets précis, les autres son objectivité sur certains jugements. Tel fut le cas de l’acquittement de Ramush Haradinaj, suite à laquelle certains pays ont demandé au Tribunal des rapports sur son activité et sur les recherches menées pour trouver des preuves contre les accusés.
Une erreur judiciaire ?
Les premières victimes de M. Haradinaj datent de 1998 (plusieurs mois avant l’intervention de Milosevic au Kosovo), quand sous ses ordres on exécute des Serbes du Kosovo, des Albanais accusés de collaborationnisme avec Belgrade, ainsi que des Roms. Au total 37 personnes (selon la police serbe 60 personnes) ont été exécutées sans compter les centaines de disparus qui n’ont jamais été retrouvés. Le procureur Carla Del Ponte demandait 25 ans de prison ferme pour Haradinaj pour crime de guerre et crime contre l’humanité ; ce dernier a été totalement acquitté.
Un autre figurant de ce procès, Idriz Balaj, surnommé « Lieutenant », et connu pour avoir créé l’unité spéciale « aigles noirs », s’occupait surtout de l’intimidation des Serbes du Kosovo pour les forcer à quitter la région afin d’y établir le contrôle de l’Armée de Libération du Kosovo (ALK). Balaija été aussi entièrement acquitté. Seul Lahi Bahimai, accusé d’enlèvement, torture et meurtres a été condamné, mais seulement 6 ans, au lieu de 25 demandés par le procureur. Seules deux accusations ont été retenues contre lui : torture et traitement inhumain.
L’acte final de la juridiction de La Haye explique que les accusés sont acquittés pour faute de preuves. Or, dans ce même acte, se trouve l’aveu des juges que « la Chambre a eu la nette impression que le procès se déroulait dans un climat tel que les témoins se sentaient en danger ». Et il y a de quoi : dans la presse on a souvent décrit les morts étranges des personnes qui devaient témoigner contre les guérillas d’ALK, comme le Rom Kujtim Berisha, mort dans un accident de voiture au Monténégro en 2007.
Quelles conséquences pour le Kosovo ?
Comment va-t-on trouver d’autres criminels comme Radovan Karadzic ou Ratko Mladic qui sont protégés en Serbie et qui le seront probablement encore davantage après un tel jugement du TPIY ? Du côté de la population, le sentiment qu’il y a deux poids et deux mesures entre les Serbes et les Kosovars. Après la démission du Premier Ministre suite à la déclaration d’indépendance du Kosovo, de nouvelles élections législatives vont avoir lieu dans un climat très favorable aux candidats les plus nationalistes.
Le climat tendu au Kosovo entre populations serbes et kosovares s’est encore alourdi suite à cet acquittement fêté comme une victoire du côté albanais. De plus, les acquittés sont considérés comme proches des dirigeants actuels. Autant dire que le sentiment d’insécurité des Serbes habitant dans le nord du pays grandit.
Reste à espérer que la nouvelle mission de l’Union européenne au Kosovo, la publication des mémoires de Carla del Ponte et la prise de conscience dans l’opinion publique européenne des atrocités commises des deux côtés permettront un jour de rendre justice aux familles de tous les victimes, qu’elles soient albanaises ou serbes et de donner enfin aux Balkans la paix.







