
Un sondage Eurobaromètre publié en mars dernier et réalisé en octobre-novembre 2008 révèle qu’à cette période, seuls 18% des Français savaient que les élections européennes auraient lieu cette année. 12% se trompaient d’année et 70% ne se prononçaient pas. Les Français sont apparus nettement au-dessous de la moyenne européenne qui était de 26%. Ces résultats peuvent être reliés à ceux d’un autre sondage du même Eurobaromètre, où l’on apprend que 53% des Français se disent peu ou pas du tout intéressés par les élections européennes, 46% affirmant être intéressés. La France se situait cette fois-ci dans la moyenne européenne, qui s’établissait respectivement à 54% et 44%.
D’après les enquêteurs, cette faiblesse dans la connaissance et l’intérêt pour les élections européennes s’explique pour plusieurs raisons, au premier rang desquelles le fait que cette échéance ait été éclipsée par d’autres événements : les élections présidentielles, la Présidence française de l’Union européenne ou encore la crise économique. Mais ce qui ressort le plus, c’est la faible médiatisation du scrutin et une campagne électorale encore balbutiante à quelques semaines du vote. Que l’on soit d’accord ou non avec les propos d’Obama lors de sa récente tournée européenne, celui-ci aura au moins eu le mérite de faire décoller la campagne électorale européenne en France, en évoquant l’entrée de la Turquie dans l’UE ! En fait, ce sont les questions européennes en général qui manquent d’un traitement médiatique.
Un pouvoir décisionnel largement communautaire
Cette situation n’est plus acceptable alors que dans certains domaines, jusqu’à 80 voir 90% de la législation nationale provient désormais des actes juridiques communautaires [1]. Au risque d’en choquer certains, force est de constater qu’aujourd’hui, le rôle des députés de l’Assemblée Nationale se limite bien souvent à transposer les directives européennes dans le droit français quand ce rôle n’est pas complètement inexistant comme dans le cas des règlements européens, qui eux sont d’application directe.
Si tant de pouvoir se situe désormais à l’échelon communautaire, comment expliquer que de nombreuses personnalités politiques françaises traitent le poste de député européen avec tant de dédain ? Que l’on pense aux réticences de Rachida Dati ou de Rama Yade de se présenter aux élections européennes ou à l’absentéisme de parlementaires européens comme Benoît Hamon et Vincent Peillon, la classe politique française ne se distingue pas par son euro-enthousiasme. D’aucuns affirmeront que ces attitudes trouvent leur origine dans le caractère fantoche du Parlement européen au sein du système communautaire. C’est faux : l’extension de la procédure de codécision associe de plus en plus le Parlement européen au Conseil des Ministres dans l’adoption des actes législatifs proposés par la Commission. Ce rôle est d’ailleurs amené à se renforcer si le traité de Lisbonne entre en vigueur.
Les personalités évoquées se sont comportées ainsi parce qu’elles attachent plus d’importance aux postes plus médiatiques (maire, ministre, député national) car, comme on ne l’a que trop vu lors des dernières élections présidentielles françaises, le pouvoir en ce début de XIXè siècle, est intimement lié à la visibilité au sein des médias. En attendant, c’est au niveau européen que se décide une bonne partie de notre destin.
Le rôle incontournable des médias
Il est donc crucial que les citoyens se saisissent de ces questions et c’est là que les médias ont un rôle important à jouer car la plupart des citoyens ne songeront pas de façon naturelle à aller s’informer sur les sites des institutions européennes. Ces derniers sont par ailleurs assez techniques et n’ont pas vocation à fournir un point de vue critique sur les décisions qui sont prises au niveau communautaire.
La place disproportionnée qu’ont occupée les chutes de neige au sein des journaux télévisés de cet hiver est assez révélatrice de la hiérarchisation de l’information qui s’opère en France. Un point météo était fait avant, pendant et après le JT du 20h : à croire que les Français, tels les habitants des régions tropicales, n’avaient jamais vu de neige de leur vie… Au même moment, le temps d’antenne consacré aux questions européennes, en pleine présidence française, était dérisoire. Pourquoi ne pas avoir évoqué des sujets alors en discussion à la Commission comme l’idée de faire profiter des bienfaits d’Erasmus aux jeunes entrepreneurs ou le débat qui avait lieu entre les Ministres européens de l’environnement pour préparer l’après-Kyoto ou encore la proposition de créer un Fonds monétaire européen, soulevée à l’occasion du Conseil extraordinaire du 1er mars ?
Quelques pistes pour rendre l’Europe “sexy”
Les médias nous répondent qu’en parlant autant des questions européennes, ils ne vendront jamais ! Il est vrai qu’en plus du désintérêt mis en avant par l’Eurobaromètre, on entend régulièrement les citoyens français dire que les questions européennes leur semblent trop complexes ou trop éloignées de leur quotidien.
Mais il y a une façon de présenter les choses ! Rien n’est inaccessible pour peu qu’on se donne la peine de l’énoncer agréablement. Dans une édition spéciale, disponible sur son site internet, le journal Le Monde nous fait ainsi découvrir comment le Parlement européen a changé notre vie au quotidien en proposant un jeu où l’on doit deviner quelles sont les politiques votées par les parlementaires européens. Dans le même ordre d’idées, on remarquera que, parmi les grands quotidiens français, seul Le Monde possède une rubrique Europe. Et pourtant, les questions européennes ne sauraient rentrer totalement dans France, ni dans International, ni dans Politique. Les différents journaux les font généralement apparaître dans toutes ces rubriques. De même que l’on a créé un Secrétariat aux affaires européennes, les médias devraient regrouper les sujets communautaires au sein d’une même rubrique, afin que cela soit plus lisible pour les citoyens. Cela éviterait, à propos des élections européennes, le risque de confusion avec les élections régionales de 2010, déjà évoquées par les journaux français…
Il s’agit également de sortir de la logique marchande pour revenir au coeur de la mission des médias qu’est l’information et, en l’occurrence, l’information sur ce qui se passe à Bruxelles. Au vu des compétences grandissantes de l’Union européenne, il s’agirait, au-delà d’une simple information, de politiser la vie politique européenne afin de lui donner un sens. Les citoyens ont le devoir de faire entendre leur voix sur ces questions qui les affectent directement. Pourquoi ne pas diffuser, comme dans le cas des élections nationales, des spots à la télévision, qui présenteraient les programmes des différents candidats ? Les journaux en ligne pourraient également comprendre des liens vers les sites créés par les principaux partis politiques français à l’occasion des européennes et vers des blogs offrant un point de vue critique sur l’Europe, comme le fait Libération avec celui de Jean Quatremer [2].
Ce faible traitement médiatique des questions européennes participe de ce qu’on appelle le déficit démocratique de l’UE. Celui-ci est généralement associé à un manque de responsabilité des dirigeants et de transparence des décisions et à l’absence de possibilités de participation pour les citoyens européens.
Une meilleure information changerait sans aucun doute cette situation, qu’elle soit perçue ou réelle. On accuse souvent les institutions européennes, or celles-ci sont loin d’être les seules responsables puisque qu’elles mettent déjà à disposition, dans un souci d’ouverture, de nombreux documents sur leurs activités, sur les normes qu’elles édictent et les subventions qu’elles allouent. Il est donc relativement aisé pour les médias de se procurer l’information et, de fait, il ne leur resterait plus qu’à la relayer et à la mettre en perspective pour revenir à leur mission originelle, celle d’empêcheur de tourner en rond.



