
En écoutant parler ce grand homme, on n’avait pas tant l’impression d’être face à un Polonais mais bien plus d’être en compagnie d’un Européen. Cet attachement à l’intérêt général européen qui le caractérisait en faisait déjà un candidat probable pour occuper le poste de Président du Conseil Européen en cas de ratification du Traité de Lisbonne !
Retour sur la vie d’un Européen inoubliable
Bronislaw Geremek est né le 6 mars 1932 à Varsovie d’une famille juive. Il a connu la vie dans le ghetto de Varsovie et alors qu’il n’avait que 11 ans son père a été tué en déportation à Auschwitz.
Après cette période douloureuse, il s’est inscrit à l’université de Varsovie pour y entamer un cursus d’Histoire. Il a réussi à venir étudier en France à la fin des années 1950 et au début des années 1960 à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris. Il fut même directeur du Centre de Civilisation Polonaise de la Sorbonne. Il présenta sa thèse en 1972 sur le sujet des marginaux parisiens au XIVe et XVe siècle. Il est donc devenu Professeur d’Histoire à l’Université de Varsovie et spécialiste de la civilisation européenne au Moyen-Âge. Il y enseigna de 1965 à 1980. Il fit aussi amené à enseigner au Collège d’Europe de Bruges mais beaucoup plus tard.
Historien, mais surtout politicien et fin négociateur
Bronislaw Geremek a tenu un rôle de premier rang dans l’histoire de la Pologne. Adhérent en 1950 au Parti Ouvrier Unifié Polonais, le seul parti politique autorisé, il quitta cette formation en 1968 lors des purges antisémites et du Printemps de Prague. Il ne reviendra en politique qu’en 1980 avec la participation au Comité de défense des ouvriers pendant la grève des chantiers navals de Gdansk. Il fut cosignataire des accords de Gdansk entre les intellectuels et les ouvriers fondant le syndicat Solidarnosc en tant que conseiller spécial de Lech Walesa. Victime de la répression communiste, il fut emprisonné en 1981 pour 2 ans et demi. C’est en 1989, lors de la Table Ronde entre le Parti et l’opposition, qu’il participa activement à la transition de son pays vers la démocratie.
Il fut élu député la même année et occupa les fonctions de Président de la commission des affaires étrangères de la Diète. En 1997, il fut appelé au poste de Ministre des Affaires Étrangères et œuvra pendant 3 ans pour l’adhésion de son pays à l’Union Européenne. C’est sous les couleurs du parti qu’il a fondé en 2001, Unia Wolnosci – Partia Demokratyczna (Union des libertés – Parti Démocrate) qu’il a été élu député européen en 2004 pour la première élection européenne de son pays.
Il a même failli devenir Président du Parlement Européen face à Josep Borell. Il avait en effet recueilli plus de voix que le nombre de députés membres des groupes parlementaires qui le soutenaient : les Verts et ALDE.
On se souviendra aussi de son combat contre la loi de lustration des frères Kascynzski en 2007 où il fut même menacé d’être destitué de son poste de député européen. Le Parlement Européen l’a alors soutenu avec ferveur. Quelque mois plus tard, la Cour Constitutionnelle polonaise annonça l’illégalité de la mesure.
Récompensé par de nombreuses distinctions tout au long de sa vie comme le Prix International Charlemagne pour son engagement pour l’unification européenne, il a aussi été fait, en France, Officier de la Légion d’honneur et Commandeur de l’Ordre national du mérite.
Il a aussi été, s’il vous plait, Président de l’OSCE. D’autre part, il a occupé les fonctions de président de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe. A mettre à son actif également, la fondation en 2002 du Collège d’Europe de Natolin près de Varsovie.
Le plus européen des Polonais
Diplomate, amoureux de la Liberté et européen convaincu, Bronislaw Geremek restera de toutes façons dans nos mémoires comme un homme engagé. C’est sans doute le plus Européen des Polonais de par son histoire, ses actes et ses paroles. On se souvient de ses déclarations à l’occasion des États Généraux de l’Europe du 21 juin dernier à Lyon où il avait présenté avec plein de vigueur son attachement à l’Union Européenne aux côtés du Président de la République Italienne Giogio Napolitano. Il avait en effet expliqué que l’Union européenne représentait pour lui une chance en tant que citoyen d’un ancien pays du bloc soviétique. Il avait rappelé toute l’importance de la liberté de circulation, « cette formidable capacité de traverser les frontières » qui n’était pas imaginable il y a encore 20 ans en Pologne.
Bronislaw Geremek restera un monument pour la Pologne et pour l’Europe, pour la transmission des valeurs de paix et de respect des droits civils, pour son humanisme, pour son combat pour l’obtention du pluralisme et des libertés. L’œuvre de sa vie est celle de la démocratie et à ce titre, les Jeunes Européens – France le regretteront.





