
En effet, la paix n’est pas la simple suspension des conflits : la trêve, ce moment rare de répit pour les nations.
Ce ne peut être une simple période de calme avant la reprise naturelle des hostilités. La paix doit être entendue comme une situation durable, pérenne.
Kant affirmait en ce sens que la paix c’est l’impossibilité de se faire la guerre.
C’est une situation où les acteurs internationaux ne peuvent plus se battre car ils ne disposent plus des moyens pour résoudre les conflits en se faisant la guerre.
Le sens d’une date
Les dates de commémoration de fin la première et de la seconde guerre mondiale marquent la fin des conflits, elles ne célèbrent en aucun cas l’avènement d’une nouvelle ère pacifique.
Le 9 mai, parce qu’il s’agit de fêter l’Europe et de commémorer un de ses actes fondateurs, représente cet espoir, fondamental pour l’Europe et le monde.
Le 9 mai 1950, Robert Schuman, fait une déclaration qui est amenée à tracer une voie nouvelle pour l’humanité. Après des siècles de conflits et un demi siècle de véritables barbaries, la France propose à ses adversaires d’hier « la mise en commun des productions de charbon et d’acier ».
Il s’agit, toujours selon la déclaration, de la « première étape de la Fédération européenne » qui « changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes ».
Réaliser la fin de l’ère des Nations, repenser les Lumières
Depuis ce jour, le seul espoir de paix réelle a résidé dans ce projet. Un projet plus novateur, révolutionnaire, mais aussi plus réaliste que le simple internationalisme qui a fait naître l’ONU. Il s’agit de réaliser la fin de l’ère des Nations et de repenser les Lumières. La France, l’Europe et le monde sauvé du purgatoire auquel Proudhon les avait condamné si le XXème siècle n’ouvrait pas l’ère des Fédérations.
Cette déclaration, si elle a été suivie de faits, n’a peut être pas tenu toutes ses promesses. La Fédération n’est pas là, et la Paix non plus. Les adversaires historiques se sont réconciliés, mais la guerre a encore frappé l’Europe, parfois récemment, comme au Kosovo ou en Albanie
L’Union européenne demeure cet îlot pacifié au milieu d’un monde où le droit cède chaque jour à la violence et à la loi du plus fort. Le nationalisme continu ces ravages monstrueux en Afrique, dans la périphérie russe, au Moyen Orient. Et lorsque la guerre fait défaut, l’autre visage du nationalisme continue à hanter les populations, avec chaque jour la naissance de nouvelles tyrannies. Le projet est resté européen, au sens le plus restreint du terme.
Construire la Paix par le fédéralisme, message exemplaire
Pourtant cette ambition est mondiale. L’Europe se doit de l’affirmer. Non pas parce qu’elle est Europe, mais parce qu’elle fut la première à emprunter le seul chemin viable pour l’humanité. Pour indiquer ce chemin elle doit se réaliser complètement, c’est-à-dire devenir ce que les pères fondateurs avaient espéré : une Fédération.
La déclaration Schuman est de ce point de vue exemplaire, et c’est peut être pour cela que la date a été choisie. Le lien entre Fédération et Paix est proclamé sans aucune ambiguïté. Il est d’ailleurs assez naturel. Le droit est le seul moyen alternatif à la guerre pour résoudre des conflits.
Il faut donc soumettre les acteurs belliqueux à une Autorité supérieure qui sera capable de trancher les différents et de permettre à ses entités d’affronter ensemble des défis qui les concernent toutes. Cette Autorité ne peut être que démocratique, respectueuse à la fois des particularités régionales ou nationales, et représentative de l’ensemble des citoyens.
L’Union européenne, par l’adoption d’une Constitution, la démocratisation de ces institutions et l’attribution de compétences en matières de politique étrangère et de gouvernance économique, se doit de devenir cette Fédération que les Pères fondateurs ont, il y a maintenant 56 ans, appelé de leurs vœux.







