
La Turquie contemporaine a, historiquement parlant, toujours manifesté beaucoup d’intérêt pour l’ensemble du processus de construction européenne.
Ainsi, entrée au Conseil de l’Europe dès 1952, la Turquie avait déjà signé un accord d’association (avec la CEE de l’époque) dès 1963 : il y a quarante-deux ans.
Ayant demandé, par la suite, une adhésion complète à la Communauté européenne (CE) en 1987, la Turquie a officiellement été reconnue par l’Union européenne (et par ses quinze Etats-membres d’alors) comme Etat « candidat à l’adhésion » à l’UE au moment du « sommet européen » d’Helsinki (en décembre 1999).
La Croatie, État indépendant issu du démembrement de l’ex-Yougoslavie (et reconnue comme telle par l’ONU, en 1992) a, pareillement, toujours manifesté son intérêt pour une adhésion -à terme- à l’Union européenne.
Longtemps tenue à l’écart du processus d’intégration européenne par l’état de guerre prévalant dans cette région des Balkans occidentaux (la guerre de Bosnie ayant duré au moins jusqu’en 1995…) (N.B. : décembre 1995 : Accords de Dayton : paix en Bosnie-Herzégovine), la Croatie a néanmoins posé officiellement sa candidature à l’adhésion à l’UE en janvier 2003.
Et, malgré toutes les difficultés soulevées par l’existence d’un passé plus ou moins récent mais, dans les deux cas, pas si simple que cela à « gérer », Turquie et Croatie souhaitent néanmoins toujours - toutes deux - aujourd’hui adhérer à l’UE.
Et, depuis hier-soir, ces perspectives d’adhésions semble être plus réalistes que jamais…
Critères d’adhésion
Mais, on n’entre pas comme ça dans l’Union européenne : il faut d’abord « montrer patte blanche » et adhérer pleinement aux fameux « critères de Copenhague » tels qu’ils ont été définis par l’UE et par ses États-membres lors du fameux sommet européen du même nom (juin 1993).
Pour mémoire, ces critères sont : l’adhésion formelle à un certain système de valeurs politiques (Respect des Droits de l’Homme, Démocratie et pluralisme politique, etc.), ainsi que l’adoption effective et concrète d’un certain nombre de « modes opératoires » éminemment démocratiques (représentation populaire, indépendance de la Justice, respect des Droits de l’Homme, mise en place d’un État de Droit impartial, etc.).
Sans parler de la seule mise en place, chez tout postulant à l’adhésion, de toutes les normes juridiques et économiques liées à l’économie de marché et à l’acquis communautaire.
Et juste souligner que l’adhésion de tout État postulant fait donc l’objet d’enquêtes précises quant à sa capacité effective de pouvoir digérer et de pouvoir appliquer toutes ces normes qui sont - pour ainsi dire - le pilier fondamental du « vouloir vivre ensemble » européen et de l’« efficience » communautaire.
C’est donc sur un chemin exigeant que ce sont, depuis hier-soir, engagées la Turquie et la Croatie.
Chemin d’autant plus exigeant, sinon difficile, que ces deux pays ont tous deux un lourd passé historique à assumer et beaucoup de réformes à accomplir pour pouvoir véritablement remplir positivement tous les critères qui sont attendus d’eux.
Chemin d’autant plus exigeant et d’autant plus difficile que les opinions publiques de certains des États-membres de l’UE à vingt-cinq d’aujourd’hui, s’interrogent ouvertement sur la pertinence de tels nouveaux élargissements.
Et ce, à l’heure où l’Union européenne à vingt-cinq est, dans le contexte difficile que l’on sait (en l’absence de tout cadre constitutionnel stable et véritablement démocratique…) extraordinairement fragilisée par le flou institutionnel qui entoure, aujourd’hui, son avenir en tant que structure politique…
En tout cas, il est clair qu’un futur élargissement véritablement réussi de l’Union européenne à ces deux pays serait celui qui combinerait à la fois sincérité dans les réformes entreprises par les deux nouveaux « postulants » et adhésion effective des citoyens des États déjà membres de l’Union européenne à ce nouveau processus d’élargissement.
Cela passe par une information sincère quant à la situation initiale des uns et des autres et par une reconnaisance objective des difficultés rencontrées et des authentiques efforts fournis par chacune des parties.
Et cela passe sans doute, aussi, par une réforme « drastique » des actuelles institutions de l’Union : dans le sens de la recherche d’une Europe plus démocratique et dans le sens d’une plus grande efficience pratique.
Et, à ce titre, on ne peut donc que regretter l’absence d’un cadre constitutionnel authentiquement démocratique pour cette fameuse Union européenne à laquelle Turquie et Croatie souhaitent aujourd’hui adhérer.
Car il en va ainsi de ces deux nouvelles candidatures à l’UE : si elles ne posent pas toujours de très bonnes questions, elles ont néanmoins le mérite de mettre en valeur l’urgence de définir, ensemble, de bonnes réponses pour essayer de remédier à la crise politique que nos sociétés, nos pays et l’Union européenne traversent aujourd’hui.
Comme chaque élargissement, celui qu’on nous propose -ici- nous demande de nous interroger à nouveau sur la pertinence du projet politique européen et sur sa plus profonde raison d’être : redéfinir ensemble un nouveau départ, pour nous tous.
Et il nous donne ainsi l’occasion de mieux reformuler encore notre « vouloir vivre ensemble » européen : pour la Paix (une paix sans rancune…), pour la Liberté (sous une même Loi, identiquement respectée par tous…) et pour la Démocratie véritable (dans le respect de chacun et dans l’ouverture à autrui…).




