
Ainsi, comme on pouvait aisément s’en douter, l’Union européenne n’appartient pas franchement - aujourd’hui - aux zones d’intérêt prioritaires de la diplomatie chinoise : plus naturellement tournée vers d’autres enjeux pour elle stratégiquement plus immédiats [1]…
Et - en fait - on peut dire que l’UE n’appartient, aux yeux des autorités de Pékin, qu’à ce « reste du monde » qui n’intéresse en fait la Chine qu’à seul titre instrumental : pour servir sa politique régionale ou - plus sûrement - pour stimuler sa politique de développement économique…
Néanmoins, l’attitude de Pékin à l’égard de l’Union européenne - reflet de sa grande habileté diplomatique - n’en n’est pas moins éminemment intéressante : elle met là, en effet, en pleine lumière les faiblesses de la construction européenne, faiblesses ici diplomatiques sur lesquelles la Chine joue pleinement pour en obtenir un maximum de bénéfices.
Business et realpolitik…
En fait les relations des pays européens avec la Chine (comme celles que la Chine entretient également avec le Japon ou les Etats-Unis…) sont aujourd’hui fortement conditionnées par leur aspect économique : la Chine constituant un marché prioritaire - et un terrain de concurrence mutuelle - pour toutes les grandes entreprises européennes.
Ainsi, toutes grande entreprise européenne qui se respecte ne saurait faire autrement que d’être présente en Chine. Et c’est vrai aussi bien pour l’allemand « Volkswagen » et l’italien « Fiat » (pour l’automobile…), que pour le français « Alcatel » ou le finlandais « Nokia » (pour la téléphonie mobile…), le néerlandais « Shell » ou le britannique « BP » (pour la pétrochimie…), pour ne prendre que quelques exemples parmi les dizaines de grands groupes européens qui - comme « Airbus industries », par exemple - jouent aujourd’hui des coudes pour être présents en Chine, aux meilleures places possibles.
La Chine le sait et en joue. Et c’est pour Pékin d’autant plus facile que l’UE est - aujourd’hui encore - incapable d’arrêter une position commune, terrain favorable dont Pékin sait tirer parti. Ainsi, jouer les Etats membres de l’UE les uns contre les autres a permis à la RPC de retirer - à plusieurs reprises - un maximum de bénéfices, quel que soit le sujet abordé. Et on pourrait multiplier les exemples, sur de nombreux plans : diplomatiques, économiques, politiques, etc.
Diviser pour régner.
Ainsi, en 1990 - quand [2] les pays européens lèvent les sanctions décidées contre la Chine à l’été 1989 (après la sanglante répression des événements de Tiananmen…) - la RPC a unilatéralement accordé à l’Espagne (qui ne demandait rien de tel ?!) le statut d’ambassadeur attitré de la CEE d’alors auprès de la Chine : remerciant ainsi l’Espagne de s’être, en fait, montrée bien peu zélée dans l’application de ces sanctions. Et « punissant » ainsi les pays plus engagés sur cette question, tels la France et le Royaume-Uni…
De même, en 1992 - quand Paris accepte de vendre des avions de combat à Taïwan - les entreprises françaises alors en course pour la construction du métro de Canton seront alors subitement exclues de la compétition ; contrat finalement accordé - avec force publicité - aux entreprises allemandes concurrentes : cyniquement présentées officiellement comme « bénéficiaires directs » de l’ « erreur » de Paris.
Pareillement, en 1997 - quand la France (alors suivie de près par l’Allemagne, l’Italie puis l’Espagne) [3] abandonnent un projet de motion (présentée par les pays européens à l’ONU) ayant pour objet une condamnation des violations des droits de l’homme en Chine - Pékin accordera cyniquement, juste avant le vote, ses félicitations à Paris et ses menaces à Copenhague, chef de file des pays européens continuant à soutenir la fameuse motion.
Et, en cette même année 1997, le Royaume-Uni trouvera finalement bien peu de soutien parmi ses partenaires européens dans sa demande à la Chine de garanties du respect des droits de l’homme à Hong Kong [4] : les autres pays européens estimant - à l’évidence - que les soucis tardifs des britanniques en la matière ne valaient sans doute pas la peine de se brouiller avec la République populaire…
Ainsi, ce pays lointain et fascinant qu’est la Chine remplit vis-à-vis de l’Union européenne un rôle de révélateur inquiétant : face à ce partenaire diplomatique habile, le concept d’une « politique extérieure européenne commune » ne résiste visiblement pas à quelques promesses de contrat Et l’UE paye là - au prix fort - sa désunion chronique.
Décidément, même pour des régions sur lesquelles elle n’influe pas directement, l’immense Chine s’avère pleine d’enseignements à méditer… D’où l’intérêt urgent que les Etats membres de l’UE se réunissent pour essayer d’adopter une position commune sur les graves questions diplomatiques du moment impliquant aujourd’hui la Chine [5].





