
L’Affaire de la TVA, ou quand Fillon se met à table…
Alors que la triste affaire de la TVA sur la restauration semble arriver à sa conclusion attendue, François Fillon (UMP, ex-RPR) accuse Bruxelles de déboires que le président de la République ne doit qu’à lui-même.
Rappelons que, sur cette affaire, Jacques Chirac avait -pendant la campagne présidentielle de 2002- promis une réduction de la taxe applicable à la restauration.
Peu importe que cette taxe soit de la compétence européenne et que cette décision n’appartienne pas au seul président de la République française, mais qu’elle fasse partie des compétences exercées en commun au niveau européen (selon une règle librement consentie par notre pays).
Or, puisque tous ignorent comment l’Europe fonctionne, le candidat en a profité pour faire des promesses inconsidérées sachant pourtant qu’il ne maîtrisait pourtant rien dans cette prise de décision.
S’il est légitime de débattre de l’opportunité de la mesure - très largement contestée par de nombreux commentateurs soit dit en passant - il l’est visiblement moins de tromper l’électorat en s’attribuant ainsi un pouvoir que l’on a pas.
Les choses étant ce qu’elles sont le président de la République se retrouve aujourd’hui dans l’embarras puisque les ministres des finances de l’Union (tout comme la Commission européenne…), semblent aujourd’hui estimer que la mesure n’est pas la décision qu’il convient de prendre.
Ce qui met le gouvernement français dans l’embarras, comme on le découvre à la lecture des récentes déclarations de François Fillon, conseiller politique du candidat présidentiable Nicolas Sarkozy.
Le retour du refoulé
Fillon poursuit son travail de discrédit envers l’Union européenne en déclarant que « rien ne serais pire que de capituler ». Il insiste en indiquant qu’un refus européen serait une « brimade ».
« Capituler », ce langage militaire laisse entendre que notre pays serait victime d’un diktat et que le débat qui se conclue en ce moment au désavantage du gouvernement français ne serait pas légitime alors que le processus institutionnel légitime a été suivi dans cette affaire. À compétence commune, décision commune, quoi de plus normal ?
Or ce vocabulaire outrancier contribue au désamour des citoyens français envers la construction européenne.
Il vient s’ajouter au cumul constant de mythes et d’affirmations abracadabrantesques que certains de nos politiques se plaisent à colporter aux dépens de l’entreprise européenne pourtant encore fragile comme l’ont montré les déboires référendaires du chef de l’État.
Ce dernier contribue également à ce processus en faisant comme d’autres, dès que ça l’arrange, de l’Europe un bouc émissaire et en s’en attribuant les mérites le reste du temps comme ce fut le cas de manière caricaturale lors de ses vœux aux Français où il aura attribué à la seule France les projets - tous peu ou prou européens - d’Ariane, d’Iter, d’Airbus, de Galileo…
L’on pourrait donc attribuer l’écart de langage de François Fillon à la seule propension d’une partie de la classe politique à se défausser de ses responsabilités envers « Bruxelles » (figure mythique, lointaine et anonyme qui n’aurait pour vocation que de soumettre la France au « parti de l’étranger »…).
Mais le sénateur de la Sarthe n’en est en fait pas à son coup d’essai et reste l’un des plus constants et l’un des plus discrets eurosceptiques encore à l’œuvre au sein de la droite française.
L’eurosceptique Fillon, fidèle à lui-même
François Fillon fut pendant longtemps proche de Philippe Séguin, le leader du camps anti-européen lors de la campagne du référendum de 1992 au sujet du traité sur l’Union européenne dit « traité de Maastricht ».
Au cours de la campagne référendaire de 2005, il fait mine de renvoyer dos à dos fédéralistes « une triste utopie puisqu’elle part du principe que la France n’a plus les ressorts nécessaires pour exister par elle même et pour elle-même » et souverainistes tout en réaffirmant son attachement à une vision gaulliste de « l’Europe des Nations ».
Il rassure même les souverainistes : « je veux leur dire que l’Europe élargie édulcore une partie de leurs craintes » et indique que, selon lui, le traité de Maastrich menait à « une Europe bureaucratique à vocation fédérale ». Le traité constitutionnel devait en revanche même empêcher toute évolution future vers le fédéralisme !
Or il n’en est rien puisque le traité constitutionnel ne tranche ni dans un sens ni dans l’autre. Si Fillon avait eu raison, les pro-européens authentiques l’auraient combattu. Or, ils l’ont au contraire soutenus avec enthousiasme.
Fillon précise, pour les éventuels malcomprenants : « Je veux vous dire que j’étais contre Maastricht parce j’étais et suis défavorable à une Europe fédérale (…). Voilà les raisons pour lesquelles j’ai dit « non » autrefois et pourquoi je dis « oui » aujourd’hui ».
L’on ne se trompe pas en effet en lisant ses discours sur l’Europe qu’il souhaite : la même -au fond- que Dupont-Aignan, Chevénement et autres personnages peu recommandables…
Ainsi, ses propos sont parsemés d’hymnes lyriques à une Nation mythifiée à l’histoire « millénaire » et autres clichés gaullistes : « il faut hisser au cœur de l’Europe élargie (…) le drapeau de la France. ». Et, dans le même temps, il dénonce -sans rire- un « Fabius qui aspire à une Europe fédérale » (ce qui nous laisse douter du sérieux avec lequel il s’est penché sur la question…).
Et pourtant cet homme là a fait la campagne du « Oui » aux côtés de vrais Européens…
Une volonté explicite de mettre l’idée européenne au service de la seule France
Le gaulliste non-repenti mérite donc un carton rouge pour son travail de sape contre l’idée européenne en la drapant dans les habits miteux du nationalisme cocoricotant qui ne voit dans l’Europe qu’un outil au service de la France et qui n’en fait l’apologie que pour mieux la saboter.
Une Europe sans politique, sans démocratie, sans pouvoir, qui ne serait qu’une somme de compromis diplomatiques boiteux entre États souverains et égoïstes, voici ce que M. Fillon nous promet.
Sous un discours formellement européiste se cache le spectre d’un nationalisme honteux, qui considère l’État-national comme la forme ultime d’organisation politique de l’humanité, comme l’alpha et l’omega de la politique.
C’est une telle idéologie qui a conduit l’Europe à la catastrophe à plusieurs reprises, et qui aujourd’hui sous la forme policée de politiciens conservateurs de droite ou de gauche s’efforce de l’empêcher de se concrétiser en tant que projet politique ambitieux et innovant.
Avec de tels « amis », l’Europe n’a décidément pas besoin des nonistes pour se planter.
Méfions-nous donc des étiquettes et ne nous contentons pas des discours européistes de surface : sans volonté de doter l’Europe des moyens d’exister il ne sert à rien d’agiter un drapeau bleu étoilé qui, dans de telles conditions, ne pourra jamais produire que du vent.






