
Encore une fois, l’UE est appelée à réagir face à un enjeu important pour sa politique étrangère sans pour autant avoir une stratégie précise ou des moyens importants de négociation.
Le choix se situe entre appliquer d’une manière stricte et cohérente ses propres principes de démocratie, liberté et droits de l’homme, tout en prenant le risque de mettre la Chine sur la défensive – ou bien prendre le chemin du dialogue et de la diplomatie silencieuse, moins honorable mais potentiellement plus efficace.
Répression au Tibet : la cinquième roue du carrosse
La situation avec droits de l’homme en Chine est, c’est bien connu, inquiétante, et l’utilisation disproportionnée de la force contre les manifestations récentes au Tibet n’est rien que la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Pendant les deux - trois dernières années une dégradation dans la situation de droits civiques et politique est constatée, ce qui contredit la supposition que les Jeux Olympiques pourraient avoir un effet positif sur les droits de l’homme en Chine. Les arrestations et les détentions illégales des activistes, restrictions pour les ONG, l’internet censuré, et la répression au Tibet sont seulement quelques exemples de comment Pékin a décidé de faire son grand ménage du printemps, juste avant l’accueil des représentants de la communauté internationale dans le pays.
Les tensions potentielles entre la Chine et l’UE ne se limitent pas seulement aux violations qui ont lieu sur le territoire chinois : Bruxelles et Pékin ont des conceptions différentes des relations internationales, comme par exemple dans le domaine de l’aide au développement pour le continent africain. Des décennies d’efforts de la diplomatie européenne pour conditionner les aides au développement sont aujourd’hui sérieusement défiées par la concurrence de la coopération chinoise, beaucoup moins exigeante quant au respect des droits de l’homme et de l’environnement. Pour compléter l’image, la position de la Chine face à la crise au Darfour et la récente tentative de délivrer des armes au Zimbabwe confirment les divergences entre les deux super-puissances économiques sur l’arène internationale.
D’autre part, ça serait superflu de mentionner le poids économique de la Chine en tant que le partenaire privilégié de l’UE. Les efforts de l’UE des dix dernières années visaient d’établir un dialogue continu, y compris les négociations économiques mais aussi un sort de monitoring sur la situation avec les droits de l’homme. Malgré les multiples interventions du Parlement européen condamnant les violations des droits de l’homme en Chine, il est évident que l’influence européenne est encore très limitée sur ce sujet.
Boycott des Jeux ? Les pro et les contre.
La pression de la part de l’opinion publique pour un geste symbolique contre le Gouvernement chinois est assez forte. Après les démonstrations qui ont eu lieu à Paris lors du passage de la Flamme Olympique, le président Sarkozy a évalué l’option d’abstention à la Cérémonie d’ouverture comme étant possible. L’impact d’une telle décision pourrait être d’autant plus important que la France présidera l’UE pendant les JO de Pékin. Le problème est que toute action unilatérale de la part d’un état membre servirait à démontrer encore une fois l’incapacité de l’UE de s’exprimer d’une manière cohérente sur sa politique étrangère.
Pendant sa visite en Chine le 25 avril, le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso a rassuré le Premier Ministre Chinois Wen Jiabao que le boycotte ne serait pas promu collectivement par l’UE. Deuxièmement, même si un boycotte Européen serait envisageable il n’est pas sûr que ça serait la meilleure stratégie. La Chine, quoi qu’on en dise, n’est pas la Corée du Nord : ce n’est pas un acteur mineur de la communauté internationale, et surtout ce n’est pas un qui pourrait être intimidé par une politique « dénonciation et blâme (discréditation – je ne suis pas sûr) », ou qui pourrait être condamné à une isolation économique et politique. C’est claire que le Gouvernement chinois n’est pas particulièrement disposé aujourd’hui de se montrer faible devant sa propre opinion publique, et n’acceptera pas facilement une leçon de bonnes manières de la part de ses partenaires européens. Une humiliation des sentiments nationaux n’est jamais une bonne stratégie dans la diplomatie internationale.
Les manifestations qui ont suivi après les événements au Tibet représentent un signal fort de la conscience des européens par rapport aux respect des droits de l’homme : rien dans cet article ne devrait être perçu comme critique de l’exercice positif de la démocratie. Ce qui est très regrettable c’est l’absence d’une structure politique au sein de l’UE capable d’exercer un pouvoir de négociation à long terme sur la scène internationale. Malheureusement, pour l’instant il n’y a pas d’intervention de dernière minute ou une action symbolique qui pourrait se substituer à une stratégie stable et bien –réfléchie à long terme.
Dans un monde idéal une UE forte pourrait appliquer une influence discrète, mais continue sur le Gouvernement chinois, en négociant des améliorations dans le domaine des droits de l’homme et de libertés fondamentales avec les moyens diplomatiques. Mais soyons francs avec nous-même : politiquement, l’UE n’est pas une superpuissance, et elle ne ferait peur même aux pays plus petits que la Chine. Dans ce monde, l’issue le plus probable c’est la frustration.








